jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400098 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre sous astreinte au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté attaqué dans son ensemble :
- le préfet du Var n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- le préfet du Var a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en estimant que sa résidence habituelle en France depuis 2011 n'était pas établie ;
- il a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et en ne se référant pas à la circulaire n° NOR INTK1229185C ;
- il a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation car il remplissait les conditions légales pour obtenir un titre de séjour de plein droit ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour pendant un an :
- elle est entachée d'erreur de droit car le préfet du Var n'a pas examiné explicitement les quatre critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'existence de circonstances s'opposant à l'édiction d'une telle interdiction ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 1er mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles portent sur la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sur lesquelles s'est fondé le préfet du Var mais qui ne sont pas applicables aux ressortissants marocains s'agissant d'un point traité par l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi, le pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié (décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux du 31 janvier 2014, Ministre de l'intérieur contre Nassiri, n° 367306, mentionnée aux tables du recueil Lebon).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mars 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les observations de Me Caillouet-Ganet pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 19 septembre 1980, déclare être entré en France en avril 2011 et y résider habituellement depuis lors. Par un arrêté du 22 juin 2020, le préfet du Var a rejeté sa demande présentée le 21 novembre 2019 tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Le recours formé par M. B contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2002079 rendu le 31 mars 2023 par le tribunal, confirmé par une ordonnance n° 23MA01371 rendue le 16 octobre 2023 par la cour administrative d'appel de Marseille. L'intéressé a présenté le 8 août 2022 une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la nature du titre de séjour sollicité :
2. Ainsi que le relève l'arrêté attaqué, la demande de titre de séjour présentée le 8 août 2022 par M. B porte formellement, selon la page 2 du formulaire de demande, sur la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans, prévue par les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui étaient codifiées avant le 1er mai 2021 à l'article L. 314-8 du même code. Toutefois, outre les conditions tenant à la justification d'un certain niveau de ressources et d'une assurance-maladie, la délivrance de cette carte de résident est subordonnée à la justification par le demandeur d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident. Or, si M. B soutient résider habituellement sur le territoire français depuis 2011, il est constant qu'en tout état de cause sa résidence n'a jamais été régulière puisqu'il n'a jamais été titulaire d'un titre de séjour en France. Ainsi, le fait d'avoir coché cette case dans le formulaire de demande doit être regardé comme une erreur matérielle. Au regard de la lettre de motivation jointe à ce formulaire, dans laquelle M. B souhaite " pouvoir travailler en toute légalité ", la demande présentée par l'intéressé doit être regardée comme portant sur la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", ainsi que l'arrêté attaqué l'a justement requalifiée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. M. B soutient que le préfet du Var n'aurait pas procédé à une " étude approfondie de sa situation ". Toutefois, l'arrêté litigieux mentionne les textes dont il a fait application et les circonstances de fait sur lesquels il s'est fondé concernant la durée de présence en France de l'intéressé, son activité professionnelle et sa vie privée et familiale. Dès lors, cet arrêté n'est pas entaché d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Le moyen manque en fait.
En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". Selon l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ".
5. L'arrêté attaqué retient que M. B " ne remplit pas la totalité des conditions " de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en vertu de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et ne produit pas de visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois conformément aux dispositions de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en réalité codifiées à l'article L. 412-1 de ce code depuis le 1er mai 2021. Le requérant, qui au demeurant ne produit pas de contrat de travail visé par les autorités compétentes, ne conteste pas ce motif.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à l'admission exceptionnelle au séjour : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
8. L'arrêté attaqué indique, à bon droit, que M. B ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de sa demande de délivrance d'un titre de séjour au titre d'une activité salariée, s'agissant d'un point déjà traité par l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, et qu'il appartient au préfet du Var d'apprécier l'opportunité d'exercer sur ce point son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Toutefois, l'arrêté attaqué énonce ensuite, de manière contradictoire, que l'intéressé " ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour "salarié" sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 ". Par suite, ainsi que les parties en ont été averties, il y a lieu de substituer, à cette base légale erronée, celle tirée du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation de M. B, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie et que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 précité.
9. S'agissant, d'une part, de la durée de son séjour en France, M. B soutient qu'il réside sur le territoire national sans interruption depuis son entrée en 2011. Toutefois, les pièces qu'il produit, hors attestations, n'établissent sa présence qu'entre avril 2011 et mars 2012 puis de 2018 à 2020. Il ne conteste pas avoir fait l'objet le 29 février 2012 d'un arrêté de réadmission en Italie où il a été effectivement reconduit le 3 mars suivant. Il ne conteste pas non plus que plusieurs titres de séjour italiens lui ont été délivrés entre 2017 et 2019, dont le dernier a expiré le 12 septembre 2019, ni qu'un passeport lui a été délivré par le consulat du Maroc à Turin le 16 mai 2019. Il reconnaît ensuite être retourné au Maroc où son mariage a été célébré le 1er août 2021, et à la suite duquel le dernier cachet d'entrée en France sur son passeport est daté du 13 août 2021. Enfin, les onze attestations produites ont été établies entre le 31 décembre 2021 et le 12 février 2022 par des amis ou des connaissances qui se bornent à déclarer connaître M. B depuis des dates variant entre 2011 et 2016. Ces attestations, qui sont peu circonstanciées et qui ne font pas état d'une fréquentation ininterrompue, ne suffisent pas à démontrer la résidence continue de l'intéressé sur le territoire français depuis 2011. Contrairement à ce que soutient le requérant, il appartenait au préfet du Var d'apprécier la valeur probante des pièces produites et notamment des attestations. Dans ces conditions, une telle ancienneté et continuité de séjour depuis 2011 n'est pas démontrée. Par ailleurs, il appartient au requérant d'apporter la preuve de la durée de sa résidence en France et le préfet du Var n'a pas fait peser sur lui la charge d'une preuve impossible. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit quant à la durée de la présence en France de l'intéressé.
10. S'agissant, d'autre part, de son activité professionnelle en France, M. B se borne à produire un certificat de travail établi le 22 mars 2012 par le gérant de la société Littoral Marbre indiquant qu'il a été employé dans cette entreprise en qualité d'ouvrier d'exécution de niveau 1 du 26 avril 2011 au 18 mars 2012. S'il soutient avoir ensuite travaillé " dans d'autres entreprises " et obtenu une promesse d'embauche comme ouvrier le 10 octobre 2019, il ne le démontre pas et ne fournit aucune précision sur les emplois prétendument occupés. Il ne produit aucun contrat de travail ni bulletin de salaire. Ses trois avis d'impôt sur le revenu au titre des années 2018, 2019 et 2020 font respectivement apparaître 6 718 euros de pensions, retraites et rentes puis seulement 2 287 euros et 33 euros de salaires. Les extraits épars de relevés de compte bancaire des 21 août 2018, 11 janvier 2019 et 11 février 2020 ne mentionnent aucun versement de salaire. Dans son propre formulaire de demande de titre de séjour, M. B déclare que son activité salariée en France se limite à 11 mois en 2011, ce qui est au demeurant incohérent avec sa date alléguée d'entrée sur le territoire national en avril 2011, puis 3, 6 et 4 mois en 2012, 2018 et 2019. Dès lors, la prétendue insertion professionnelle du requérant n'est pas établie.
11. Compte tenu de tous ces éléments, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, d'accorder un titre de séjour à M. B en qualité de salarié.
12. En troisième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de l'arrêté litigieux, des orientations générales contenues pour l'exercice de ce pouvoir dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant satisfait aux orientations générales de cette circulaire est inopérant.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié le 1er août 2021 au Maroc avec une compatriote qui réside dans ce pays. Il n'a pas d'enfant. Il ne justifie d'aucune attache familiale en France. Selon ses déclarations, sa mère et l'ensemble de ses sept frères et sœurs résident au Maroc sauf un frère qui réside en Espagne. Ainsi qu'il a été dit, la preuve de sa présence continue et habituelle en France n'est établie qu'entre avril 2011 et mars 2012, de 2018 à 2020, puis du 13 août 2021 au 8 août 2022, date de dépôt de sa demande de titre de séjour. Il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni associative. Les attestations produites, émanant d'amis ou de connaissances et peu circonstanciées, sont insuffisantes pour établir une insertion sociale particulière. Dans ces conditions, le préfet du Var n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision de refus de titre de séjour. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
15. Par conséquent, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de celle de cette décision ne peut être accueilli.
17. En deuxième lieu, M. B ne remplit pas les conditions légales pour obtenir un titre de séjour de plein droit. Par suite, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur de droit ni d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.
18. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 14.
19. Il s'ensuit que les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
20. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques et morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
21. Si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée, il ne précise pas les dispositions législatives ou réglementaires exigeant une motivation propre à cette décision. Par suite, ce moyen est dépourvu des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
22. A supposer que M. B entende se prévaloir des dispositions citées au point 20, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant, en particulier le fait que celui-ci n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.
23. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent également être rejetées.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Aux termes de l'article L. 613-1 : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives () à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Enfin, l'article L. 613-2 dispose que " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 () sont motivées ".
25. En premier lieu, dans l'ordre de ses motifs, l'arrêté attaqué édicte la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'an à l'encontre de M. B après celles portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il énonce que cette décision est prise " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce " et qu'elle " ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé [au respect] de sa vie privée et familiale ". Ainsi, cette décision fait nécessairement référence aux motifs de l'arrêté qui précèdent, où sont mentionnés les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé sur lesquels le préfet du Var s'est fondé et que celui-ci n'était pas tenu de répéter. Par conséquent, cette décision est motivée en fait. Elle l'est également en droit puisque l'arrêté cite l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, cette décision n'est pas entachée d'un défaut de motivation.
26. En deuxième lieu, le préfet du Var n'était pas tenu de se prononcer expressément sur chacun des critères mentionnés à l'article L. 612-10 précité pour édicter et fixer la durée de l'interdiction de retour. Par ailleurs, si M. B reproche au préfet de ne pas avoir " examiné l'existence de circonstance s'y opposant ", il ne précise pas de quelles circonstances il s'agit, alors qu'en tout état de cause, le préfet a, ainsi qu'il a été dit, précisé que le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant ne faisait pas obstacle à cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
27. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 14.
28. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doivent être rejetées.
29. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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