mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Fennech, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation en fait dans la mesure où la communauté de vie n'a jamais cessé ;
- il y a lieu d'écarter des débats l'enquête administrative à laquelle se réfère le préfet ;
- la communauté de vie est attestée par les pièces produites à l'appui de la requête ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur le droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- et les observations de Me Fennech pour Mme C épouse A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C épouse A, ressortissante marocaine née le 3 avril 1968, est entrée régulièrement en France le 5 octobre 2017 munie d'un visa long séjour après s'être mariée le 6 juin 2017 à Fès (Maroc) avec M. A, ressortissant français. Par une demande du 16 novembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour délivré en sa qualité de conjointe de français. Par un arrêté du 5 décembre 2023, dont Mme C épouse A demande l'annulation, le préfet du Var a toutefois refusé de lui renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 156, le préfet du Var a donné délégation à
M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les actes et décisions notamment en matière de police des étrangers dans le département du Var. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il a été fait application, notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme C épouse A, ainsi que les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressée, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons, dont notamment le résultat d'une enquête administrative ne faisant pas ressortir l'existence d'une communauté de vie, pour lesquelles le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le renouvellement du titre de séjour qu'elle sollicitait en qualité de conjointe de français. En outre, l'arrêté indique également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C épouse A au respect de sa vie privée et familiale, et que rien ne s'oppose à ce qu'elle fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. La décision de refus de titre de séjour opposée à Mme C épouse A et celle prononçant son éloignement comportent ainsi, de manière précise et circonstanciée, les considérations de fait et de droit qui constituent leur fondement. L'arrêté préfectoral est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
Sur la légalité interne :
4. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 de ce code : " () / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article 215 du code civil : " Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie ". Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une communauté de vie est présumée entre époux. Par suite, si l'administration entend remettre en cause l'existence d'une telle communauté de vie, elle supporte alors la charge d'apporter tout élément probant de nature à renverser cette présomption légale.
5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme C épouse A en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français, le préfet du Var s'est fondé sur le motif tiré de l'absence d'une communauté de vie effective entre la requérante et son époux de nationalité française.
6. Il ressort des pièces produites par le préfet à l'appui de son mémoire en défense que M. A, époux de la requérante, s'est déclaré divorcé auprès de l'administration fiscale au titre de sa déclaration de revenu établie en 2022 et n'a jamais déclaré son mariage avec l'intéressée auprès de la caisse d'allocations familiales. Le préfet produit également à l'instance le rapport de l'enquête sollicitée par les services préfectoraux dans le cadre de l'examen de la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C épouse A. Il ressort de ce document, que lors de leur visite de contrôle au domicile des époux, les agents de police ont constaté l'absence de la requérante ainsi que de l'ensemble de ses effets personnels. En outre, M. A a indiqué à ces agents que son épouse avait quitté momentanément le domicile à la suite d'une simple discute et qu'elle résidait temporairement chez son frère, au cinquième étage du même immeuble, ce dont les agents n'ont pas pu s'assurer en l'absence des intéressés.
7. Pour justifier de l'existence d'une communauté de vie, la requérante produit des factures d'électricité libellées au nom des deux époux, l'avis d'imposition du couple établi en 2023 et faisant bien mention de leur situation maritale, deux photographies du couple, ainsi que cinq attestations de personnes se présentant comme voisins ou amis du couple. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des résultats de l'enquête administrative mentionnée au point précédent et sur laquelle le préfet pouvait valablement se fonder, et eu égard au caractère insuffisamment probant et circonstancié des pièces produites par la requérante, telles que les photographies ou les attestations devant permettre d'établir l'existence d'une vie commune, Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Var aurait commis une erreur d'appréciation ou se serait basé sur des faits inexacts en estimant que la communauté de vie entre les époux n'existait pas.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de l'intéressée demeure récente. Si elle fait valoir que son frère réside sur le territoire national, elle ne justifie pas des liens qu'elle entretiendrait avec ce dernier. De plus, il ressort de sa demande de renouvellement de titre de séjour auprès des services préfectoraux que sa mère et quatre de ses sœurs résident encore au Maroc, pays où elle a résidé jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme C épouse A justifierait d'une insertion sociale, associative ou professionnelle en France. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Var aurait méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme C épouse A, prise en l'ensemble de ses conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEULa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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