lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, Mme B C demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le ministre de la justice l'a placée en position de congé sans traitement pour une période d'un an à compter du 4 avril 2023, ainsi que de tous ses effets depuis la date précitée, et ce jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'École Nationale des greffes de Dijon la somme de 3000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'École nationale des greffes de Dijon à lui verser ses indemnités de congé de maternité dès que l'échéance entrera en vigueur ;
4°) d'ordonner à l'École nationale des greffes de Dijon de la réintégrer en sa qualité de greffière stagiaire issue de la promotion initiale B2013 C01, puis de la promotion B2019 CO3, à compter du 4 avril 2023, dans le ressort de la cour d'appel de Chambéry, dans l'une des deux juridictions les plus proches de son domicile, où se situent son logement familial, son époux et ses enfants, pour une bonne administration de la justice et le respect du droit à une vie privée et familiale normale, en application des textes la réaffectant à l'issue de son congé de maternité depuis 2014 dans ce ressort ;
5°) d'ordonner à l'École nationale des greffes de Dijon en raison de la législation sur la protection des femmes fonctionnaires durant leur grossesse, de la réaffecter de droit en sa qualité de greffière stagiaire issue de la promotion initiale B2013 C01, puis de la promotion B2019 CO3, à compter de l'issue du 4 avril 2023, dans le ressort de la cour d'appel de Chambéry dans une des deux juridictions les plus proches de son domicile en Haute-Savoie où se situe son logement familial et en application des textes de loi sur la protection des femmes en situation de grossesse ;
6°) d'ordonner une reconstitution de sa carrière sur la période de 2014 à ce jour, " incluant tous ses droits à congés et primes, non versées, SFT, séjours enfants, A (allocation enfants handicapés), prime de logement " ;
7°) d'ordonner le rétablissement de tous ses entiers salaires par une mise en autorisation spéciale d'absence (ASA) sur la période du mois d'août 2020 au 28 février 2023, date à laquelle la direction générale de l'administration de la fonction publique a mis fin au dispositif d'ASA ;
8°) d'ordonner " à titre de réparation de la situation qui n'aurait jamais dû exister du fait de sa réaffectation par la loi en Haute-Savoie par la loi, le remboursement de tous les frais de logement, loyers et charges, frais de déplacement entre le Var et la Haute-Savoie, frais de carburant, frais de péages, frais de cantine, de garde périscolaire et les montants des droits des enfants qui ont été coupés en raison du déménagement dans le VAR depuis 2020 et de la non transmission du dossier MDPH de (ses) enfants, etc., sur justificatifs de factures et sur déclaration sur l'honneur des sommes qui auraient dû être perçues au titre de A si les stages n'avaient pas eu lieu à Toulon, frais inutiles pour qu'elle se tienne à la disposition de l'administration, alors que l'administration n'avait aucunement le besoin de cette dernière se retrouvant de fait et pendant 3 ans, hors de la juridiction de Toulon " ;
9°) d'ordonner son placement, de manière rétroactive, en congé de maladie ordinaire à plein traitement à compter du 4 avril 2023 pour une période de trois mois, soit du 4 avril 2023 au 4 juillet 2023 ;
10°) d'ordonner qu'elle " soit mise en congés payés à plein traitement de manière rétroactive à compter du 4 juillet 2023 par l'École Nationale des greffes de Dijon jusqu'à la date de son congé de maternité, devant débuter en février 2024 " ;
11°) d'ordonner à l'École nationale des greffes de Dijon, " en raison de législation sur le droit aux congés bonifiés pour les fonctionnaires d'origine d'outre-mer, qu'elle puisse bénéficier pour le mois d'aout 2024, à des congés bonifiés pour elle et ses enfants, et qu'elle puisse bénéficier à l'avenir des reliquats cumulés et non pris de périodes de congés bonifiés cumulés depuis 2013 à 2023, que l'ENG n'a pas permis à la fonctionnaire de pouvoir prendre au titre de l'égalité de traitement entre les fonctionnaires se retrouvant dans la même situation juridique " ;
12°) d'ordonner qu'à l'issue de son congé de maternité, elle soit " mise en congés pour couches pathologiques, puis qu'elle puisse épuiser tous les reliquats de ses congés payés " ;
13°) d'ordonner à l'École nationale des greffes de Dijon " en raison de législation sur la protection des personnes en situation de handicap, de la réaffecter de droit en sa qualité de greffier stagiaire issue de la promotion initiale B2013 C01, puis de la promotion B2019 CO3, à compter de l'issue du 4 avril 2023, dans le ressort de la cour d'appel de CHAMBERY dans une des deux juridictions les plus proches de son domicile en Haute-Savoie où se situe son logement familial " ;
14°) d'ordonner qu'" un référent handicap soit nommé dès sa reprise de poste pour [l']accompagner () pour toutes les suites qu'entrainent une réaffectation sur la carrière de l'agent et sur son parcours professionnel en raison de sa situation de handicap " ;
15°) d'ordonner à l'École nationale des greffes de Dijon, " en raison de législation sur la protection des victimes de harcèlement moral, principe à valeur constitutionnel, de [la] réaffecter de droit en sa qualité de greffier stagiaire issue de la promotion initiale B2013 C01, puis de la promotion B2019 CO3, à compter de l'issue du 4 avril 2023, dans le ressort de la cour d'appel de Chambéry dans une des 2 juridictions les plus proches de son domicile en Haute-Savoie où se situe son logement familial " ;
16°) d'ordonner qu'il lui soit remis ses " codes HARMONIE " sans délai et à compter du lendemain de la décision à intervenir ;
17°) d'ordonner son " rapprochement familial () en Haute-Savoie avec une affectation dans l'une des deux juridictions les plus proches de son domicile, en raison de la durée de sa mise à disposition pour l'employeur public dans le Var depuis plus de deux ans " ;
18°) d'" ordonner aux frais exclusifs de l'École nationale des greffes de Dijon et dans un délai maximum d'un mois, dans une date convenue avec l'intéressée et au plus tard le 28 février 2024, [son] rapatriement sanitaire () ainsi que ses enfants et de tous ses biens actuellement dans le Var aux fins de lui permettre de rejoindre son logement familial situé au 239 impasse des roseaux, 74550 à Orcier " ;
19°) d'assortir ces " condamnations " d'une astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Elle soutient que :
Sur l'urgence : la condition d'urgence est remplie car :
- la décision attaquée, qui produit des effets immédiats sur sa situation administrative, la prive de toute rémunération ; elle vit à Toulon avec ses deux filles qui y sont scolarisées tandis qu'elle est séparée de ses deux fils résidant en Haute-Savoie avec son époux, occasionnant ainsi de lourdes charges en matière de logement ;
- la mesure en litige constitue un licenciement déguisé ;
- l'arrêté lui cause de graves préjudices et constitue un " traitement inhumain et indigne à l'encontre d'une personne vulnérable protégée par la loi " ;
- elle se trouve dans une situation financière particulièrement difficile, occasionnant notamment la résiliation de certains contrats d'assurance ;
- elle se trouve privée du paiement du congé de maternité auquel ont droit les femmes enceintes eu égard à la législation ;
- elle fait face à une procédure de surendettement ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'acte : il est constitué car :
- le signataire de l'arrêté contesté est incompétent ;
- l'acte litigieux n'est pas signé ;
- les décrets n° 2015-1275 du 13 octobre 2015 modifié et n° 94-874 du 7 octobre 1994 modifié ne lui sont pas applicables ;
- le décret n° 2015-1277 du 13 octobre 2015 ne prévoit pas le cas d'un congé sans traitement ;
- elle est discriminée à raison de sa situation familiale, de sa grossesse et de son handicap ;
- elle a subi un traitement " humiliant, indigne et dégradant " de la part du médecin l'ayant examiné dans le cadre de la consultation du conseil médical qui s'est réuni le 14 septembre 2023 ;
- elle a fait un recours contre l'avis du conseil médical et attend une nouvelle convocation en vain ;
- le congé sans traitement n'a été prévu ni dans l'expertise du médecin précité ni dans le rapport du conseil médical du 14 septembre 2023 ;
- les articles 2, 3 et 5 de la directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 concernant le cadre d'emploi et de travail ont été méconnus dès lors qu'aucune mesure ordonnée par le médecin de prévention de Toulon au titre des aménagements de poste de droit n'a été prise par l'employeur ;
- " en 2018, une décision nulle du conseil médical de Dijon falsifié par une mention manuscrite douteuse en 2018, annulée par une nouvelle décision exécutoire du comité médical en 2019 ordonnait une reprise de fonction sur un poste adapté, avant qu'[elle] ne reprenne ses fonctions à l'ENG en novembre 2019 ; la décision attaquée se fondant sur la nouvelle décision nulle et arbitraire du comité médical de DIJON en septembre 2023, vient remettre en application une la décision nulle que le comité médical avait lui-même annulé en 2018, alors que la décision exécutoire du conseil médical de Dijon de 2019 toujours d'actualité, utilisée par les médecins de prévention successifs en faveur de l'agent, demeure en souffrance et n'a jamais été respecté par l'ENG pour aggraver volontairement les conditions de vie de l'agent par plaisir de nuire à autrui (sic) " ;
- le congé sans solde n'est pas prévu par la loi ;
- il y a une incohérence entre l'avis du conseil médical, qui relève une inaptitude pour une durée de douze mois, et la décision contestée qui vise un congé pour raison de santé ;
- cette privation de traitement s'apparente à un licenciement alors que les femmes enceintes font l'objet d'une protection contre le licenciement ;
- elles doivent conserver leur traitement conformément à l'article L. 631-1 du code général de la fonction publique ; l'arrêt litigieux ne respecte donc pas la hiérarchie des normes ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de procédure dès lors qu'elle a fait l'objet d'un licenciement qui s'apparente à une sanction disciplinaire déguisée ;
- les faits ne justifient pas le non-renouvellement de son engagement ; l'arrêté est ainsi entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conditions du référé suspension ne sont pas remplies, d'une part, à défaut de justification d'une situation d'urgence, en l'absence de production d'éléments circonstanciés sur les revenus et les charges de son foyer et à raison de l'intervention de l'arrêté du 30 janvier 2024 la plaçant en congé de maternité à compter du 15 février suivant, et, d'autre part, en l'absence de moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'acte.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond, enregistrée le 18 janvier 2024, sous le n° 2400190.
Vu :
- la directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 2015-1275 du 13 octobre 2015 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bernabeu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2024 :
- le rapport de Mme Bernabeu, juge des référés ;
- les observations de Mme C, qui maintient ses écritures ;
- et le garde des sceaux, ministre de la justice, n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Par la présente requête, Mme C demande principalement au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le garde de sceaux, ministre de la justice, l'a placée en position de congé sans traitement pour une période d'un an à compter du 4 avril 2023.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. En l'état de l'instruction devant le juge des référés, aucun des moyens soulevés par Mme C, et sus analysés, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le garde de sceaux, ministre de la justice, l'a placée en position de congé sans traitement pour une période d'un an à compter du 4 avril 2023. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
4. Par voie de conséquence, et en tout état de cause, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
6. Il n'appartient pas au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui en vertu des dispositions de l'article L. 511-1 du même code cité au point précédent, statue par des mesures provisoires, de condamner l'administration au versement d'une indemnité. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, qui, au surplus, n'est pas accompagnée d'une copie de son recours au fond comme l'exigent les dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative, doit être rejetée en son entier, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du même code, y compris par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 dudit code.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Toulon, le 19 février 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. BERNABEU
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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