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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400230

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400230

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Ben Hassine, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ; 2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", sans délai à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que le motif invoqué par l'administration n'est pas susceptible de fonder légalement le refus de séjour ; - la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée. Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code du travail ; - le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Ben Hassine, représentant M. A. Considérant ce qui suit : 1. M. B A, ressortissant marocain né le 29 août 1984, est entré en France le 1er janvier 2020, muni d'un visa de long séjour. Le 28 février 2020, le préfet du Var lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle, portant la mention " travailleur saisonnier ", valable jusqu'au 27 février 2023. Le 7 avril 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire, portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 22 décembre 2023, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Sur les conclusions aux fins d'annulation : En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour : 2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". 3. Aux termes de l'article R. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce même code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ". 4. L'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 de l'accord précité, délivré sur présentation d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes ", des dispositions des articles R. 5221-17 et suivants du code du travail, qui précisent les modalités selon lesquelles et les éléments d'appréciation en vertu desquels le préfet se prononce, au vu notamment du contrat de travail, pour accorder ou refuser une autorisation de travail. 5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à M. A, le préfet a d'abord retenu que l'intéressé n'avait pas respecté les obligations incombant au titulaire d'une carte de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", dès lors qu'il avait, à tort, établi sa résidence habituelle en France puis conclu un contrat de travail à durée indéterminée. Ce motif n'est pas au nombre de ceux qui peuvent légalement justifier le refus de délivrer le titre sollicité et est donc entaché d'une erreur de droit. 6. Toutefois, pour rejeter la demande de M. A, le préfet a également retenu que l'intéressé ne disposait pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, de sorte qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par l'article 3 de l'accord franco-marocain, ce que M. A ne conteste pas. Il ressort en effet des pièces du dossier que le requérant n'a obtenu une autorisation de travail que le 21 novembre 2019, pour exercer en tant qu'ouvrier agricole auprès de M. D C et non dans le cadre de son embauche par contrat à durée indéterminée par la SARL COMETRA. 7. Il résulte ainsi de l'instruction que le préfet du Var aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur ce second motif. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être écartées. En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français : 8. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". 9. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'est assortie d'aucun motif spécifique, attestant de la prise en compte, par l'administration, des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code précité. Par suite, M. A est fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée. 10. Il résulte de ce qui précède que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être annulée. Sur les conclusions à fin d'injonction : 11. L'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet du Var de délivrer à M. A un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation. 12. En revanche, l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. " Et aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " I. - Les données à caractère personnel et informations enregistrées dans le fichier sont conservées jusqu'à l'aboutissement de la recherche ou l'extinction du motif de l'inscription. () ". 13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var supprime le signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder sans délai, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Sur les frais du litige : 14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La décision du 22 décembre 2023 du préfet du Var portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de supprimer le signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du présent jugement. Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéA.CAILLEAUX La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2400230

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