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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400260

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400260

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles le préfet du Var lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a procédé à son inscription au système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer le titre de séjour " salarié " sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a obtenu l'autorisation de travail le 16 juin 2023 laquelle a été transmise au préfet du Var par un courrier du 21 août 2023 et qu'il remplissait donc les conditions prévues par les dispositions de l'article 7 bis b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1967 modifié pour se voir délivrer son certificat de résidence salarié sur le fondement de ces stipulations ;

- la décision méconnaît en outre les dispositions de l'article L 433-6 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Un mémoire enregistré le 23 avril 2024, présenté par M. B, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 30 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :

- le rapport de M. Karbal, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Albertini substituant Me Bochnakian pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 20 juin 1992, est entré en France le

30 mars 2021 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C valide du 15 janvier au 15 juin 2021, en qualité de conjoint d'une ressortissante française à la suite de son mariage célébré le 24 novembre 2019 en Algérie. Le requérant a ensuite bénéficié d'un certificat de résidence, valide du 21 février 2022 au 20 février 2023, sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Le 16 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Par des décisions du 7 décembre 2023, dont M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction :

2. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

3. Aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Si, en vertu de l'article 9 de l'accord franco-algérien, la première délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de salarié est subordonnée à la production, par le ressortissant algérien, d'un visa de longue durée, il en va différemment pour le ressortissant algérien déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, du certificat de résidence algérien dont il est titulaire.

4. D'une part, il ressort de la décision attaquée que, pour refuser au requérant la délivrance sur le fondement des stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, de son certificat de résidence en qualité de salarié, le préfet du Var a estimé que l'intéressé a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français de façon frauduleuse.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B, titulaire d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français valable du 21 février 2022 au 20 février 2023, a signé un contrat de travail à durée indéterminée le 7 février 2022. Au vu de ce contrat de travail, une autorisation de travail a été délivrée le 16 juin 2023. Par suite

M. B remplissait, à la date de la décision en litige, les conditions posées par l'article 7 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence mention " salarié ". Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Var a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du 7 décembre 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. D'une part, il résulte de ce qui précède, ainsi que du moyen d'annulation retenu et relatif à la légalité interne des décisions attaquées, qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien portant la mention salarié sur le fondement des dispositions du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de la demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. D'autre part, 'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. " Et aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " I. - Les données à caractère personnel et informations enregistrées dans le fichier sont conservées jusqu'à l'aboutissement de la recherche ou l'extinction du motif de l'inscription. () ".

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var supprime le signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder sans délai, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DE C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 décembre 2023 du préfet du Var portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de supprimer le signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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