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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400281

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400281

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier et 12 février 2024, Mme B D, représentée par Me De Sousa, demande au juge des référés :

- De lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- D'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de l'académie de Nice en date du 12 juillet 2023 portant rejet du recours préalable obligatoire présenté concernant un refus d'instruction dans la famille pour sa fille A pour l'année 2023-2024 ;

- Enjoindre, à titre principal, à l'académie de Nice de délivrer l'autorisation de procéder à l'instruction dans la famille de sa fille A pour l'année 2023-2024 ;

- Enjoindre, à titre subsidiaire, à l'académie de Nice de procéder au réexamen de la situation, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement ;

- De condamner l'Etat à verser la somme de 1.500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative à verser à son conseil.

Elle soutient que :

- L'urgence est justifiée dans la mesure où A est actuellement scolarisée dans un établissement scolaire alors que la demande de sa mère de recourir à l'instruction à la maison était bien fondée. Il y a donc lieu de statuer sur le dossier avant la fin de l'année scolaire et avant que la décision ne soit complétement exécutée ; cette décision affecte de manière grave et immédiate la situation personnelle de la requérante et de sa fille ;

- La décision en litige se contente de transcrire les numéros des articles du code de l'éducation sans plus de précisions. Par suite, la motivation est insuffisante ;

- Tant le mode de vie plutôt nomade de la famille, que la situation particulière de A qui a besoin d'un cadre calme et d'évoluer à son rythme, sont de nature à caractériser l'existence d'une situation propre justifiant la demande d'instruction à la maison. En ne retenant pas cela, l'académie de Nice a non seulement méconnu l'article L. 131-5 du Code de l'éducation, mais aussi commis une erreur d'appréciation ;

- L'académie de Nice n'a pas étudié la demande sous le prisme de l'évaluation des avantages et inconvénients de chaque mode d'instruction. Elle n'a ainsi pas retenue la forme d'instruction la plus conforme à l'intérêt de A ;

- A supposer que la mise en œuvre de la procédure conventionnelle dérogatoire soit régulière, ladite procédure a, en tout état de cause, été menée en violation du principe du contradictoire ;

- En ayant refusé de prendre en compte les observations écrites transmises par l'Association et ayant refusé de faire droit à sa demande d'être entendue oralement, le Directeur de la CPAM du Var a méconnu le principe du contradictoire, entachant d'irrégularité l'ensemble de la procédure ;

- Refuser de faire droit à cette demande d'instruction dans la famille est ainsi de nature à porter atteinte à l'intérêt supérieur de A ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, la rectrice de l'Académie de Nice conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- Aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2400236 par Mme D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 février 2024, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me de Sousa pour Mme D ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit,

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, Mme B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Mme D est la mère de A, âgée de 5 ans. En raison du mode de vie de la famille ainsi qu'au regard de l'existence d'une situation propre à l'enfant, la requérante a vainement déposé une demande d'instruction dans la famille auprès de la direction des services départementaux de l'Education nationale dans le Var.

5. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués tels que visés et analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et à la rectrice de l'Académie de Nice.

Fait à Toulon, le 16 février 2024.

Le Vice-président

Juge des référés,

Signé

Ph. C

La République mande et ordonne à la ministre de l'Education nationale, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

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