mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024 MM. Dimytri et Raynald Caillou, représentés par Me Boillot, demandent au tribunal :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 octobre 2023 par laquelle le maire de Salernes a refusé de leur accorder un permis de construire une maison sur la parcelle cadastrée AE 496, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à ladite commune de leur accorder ou de réinstruire leur demande sous un mois et 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de ladite commune la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur l'urgence :
- ils ont signé une promesse de vente expirant le 30 avril 2024 ; au titre des conditions suspensives particulières elle prévoit l'obtention d'un permis de construire au plus tard dans les 5 mois, soit avant le 4 janvier 2024 ; la promesse ne visant pas le cas où le permis serait refusé elle sera caduque le 30 avril 2024 ; la condition suspensive tenant à la délivrance d'un permis de construire n'a donc pas été stipulée dans l'intérêt exclusif de l'acquéreur, contrairement aux conditions suspensives de droit commun.
Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions : il est constitué car :
- elles violent l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : un poteau incendie se trouve à 50 m, un autre à 115 m et un autre à 200 m ; le secteur est peu boisé et non soumis à un risque incendie ;
- elles violent l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : il s'agit d'un simple raccordement de 40 m ;
- elles violent l'article UC 11-2.1 (et non pas UC 10-6 indiqué par erreur dans la décision) du règlement du plan local d'urbanisme et l'article L. 111-16 du code de l'urbanisme : des acrotères permettent de dissimuler les panneaux photovoltaïques et des prescriptions étaient possibles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, la commune de Salernes, représentée par Me Campolo, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui payer la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il n'y a pas d'urgence : la condition suspensive tenant à la délivrance d'un permis de construire a été stipulée dans l'intérêt exclusif des acquéreurs ; la promesse ne risque nullement d'être caduque en raison de la non-réalisation de cette condition suspensive puisque les acquéreurs peuvent y renoncer ; il leur est donc loisible de procéder à cet achat même sans obtention d'un permis de construire.
- il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Privat, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 février 2024 :
- le rapport de M. Privat, juge des référés ;
- les observations de Me Boillot pour les requérants ;
- les observations de Me Baudino pour la commune défenderesse.
Les parties ayant été informées que l'instruction sera close à l'issue de l'audience en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension est remplie lorsque la décision administrative attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il ressort des pièces du dossier et de la promesse de vente produite que la condition suspensive tenant à la délivrance d'un permis de construire a été stipulée dans l'intérêt exclusif des acquéreurs, qui sont libres d'y renoncer et de conclure la vente nonobstant le refus de permis de construire qui leur a été opposé le 24 octobre 2023. Ainsi la condition d'urgence n'est pas remplie. Par suite les requérants ne sont pas fondés à demander la suspension d'exécution des décisions attaquées. Partant leurs conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
3. Les dispositions susvisées font obstacle à ce que le défendeur, qui n'est pas dans la présente instance la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, soit condamné à payer aux requérants quelque somme que ce soit, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de condamner MM. Caillou à payer la somme de 3 000 euros à la commune de Salernes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : MM. Caillou sont condamnés à payer la somme de 3 000 euros à la commune de Salernes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à MM. Dimytri et Raynald Caillou et à la commune de Salernes.
Fait à Toulon, le 20 février 2024.
Le vice-président désigné
Signé
J-M. PRIVAT
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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