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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400383

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400383

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 février 2024 et le 15 avril 2024, Mme B A C épouse D, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait dès lors qu'elle justifie d'une vie commune et effective de six mois avec son époux ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- et les observations de Me Larrieu-Sans, substituant Me Bochnakian, représentant Mme A C épouse D ;

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse D, ressortissante dominicaine née le 22 février 1992, est entrée en France le 26 avril 2016 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour mention " vie privée et familiale ", délivré en qualité de conjointe de français. Elle a bénéficié d'un premier titre de séjour, en cette même qualité, valable du 28 juin 2017 au 27 juin 2019. Le 15 juin 2020, le renouvellement de son titre de séjour lui a été refusé au motif de la rupture de communauté de vie et du divorce et une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre. A la suite d'un second mariage avec un ressortissant français, célébré le 5 mars 2022 à Toulon, elle a sollicité, le 12 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", en qualité de conjointe de français. Par un arrêté du 29 décembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme A C épouse D un titre de séjour, dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-2 précitées, le préfet du Var a estimé qu'elle ne justifiait pas d'une vie commune et effective de six mois avec son époux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des nombreuses factures d'énergie et de téléphone, des relevés bancaires, d'un avis d'imposition et des bulletins de paie, que la requérante justifie d'une communauté de vie avec son époux depuis août 2021 et ininterrompue à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet a méconnu les dispositions précitées.

4. Dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, le préfet du Var fait valoir que l'intéressée ne remplit pas la condition d'une entrée régulière sur le territoire français dès lors que le visa long séjour dont elle était titulaire en avril 2016 lui avait été délivré compte tenu de son précédent mariage. A supposer que le préfet du Var ait ainsi entendu sollicité une substitution de motifs de l'arrêté attaqué, l'application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est seulement subordonnée à une entrée régulière de l'étranger, sans que soit exigé un lien entre les modalités de cette entrée régulière et le mariage célébré en France. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à une substitution de motifs.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A C épouse D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à Mme A C épouse D. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espère, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A C épouse D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 décembre 2023 du préfet du Var est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme A C épouse D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A C épouse D la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C épouse D et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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