vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. A B, représenté par
Me Mothere, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 janvier 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui renouveler son titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Var une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;
- il a méconnu l'étendue de son champ de compétence en s'estimant lié par l'avis de la commission des titres de séjour ;
- la décision attaquée procède d'une erreur de droit dès lors qu'elle vise la circulaire du 27 octobre 2005, laquelle ne peut fonder une décision de refus de titre ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'appréciation dès lors qu'aucun élément ne permet de caractériser ses comportements comme constituant une menace pour l'ordre et la sécurité publique ;
- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est à la fois établi professionnellement et familialement en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Par une ordonnance du 17 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 4 octobre 2024, en l'absence des parties, le rapport de M. Quaglierini, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain, né le 1er janvier 1980 à Ait Ichou El Kebab (Maroc), a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès de la sous-préfecture de Draguignan le 15 mars 2023. Par arrêté du 23 janvier 2024, le préfet du Var a refusé le renouvellement de son titre de séjour. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour refuser la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B, le préfet du Var indique dans son arrêté attaqué que le comportement de ce dernier représente une menace pour l'ordre et la sécurité publique. Il expose que l'intéressé s'est fait défavorablement connaître auprès des services de police et de gendarmerie entre 2002 et 2022 pour être l'auteur de substitution causant une atteinte à l'état civil de l'enfant, d'escroquerie, d'obtention indue de document administratif, d'aide à l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d'un étranger en France, de viol commis en réunion, de violence commise en réunion sans incapacité, de dégradation ou détérioration volontaire d'un bien d'autrui causant un dommage léger, de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, ainsi que de viol par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité.
3. Le requérant soutient que les faits reprochés ne sont pas matériellement établis. À cette fin, il indique s'être rapproché du parquet près du tribunal judiciaire de Draguignan pour obtenir des informations sur les infractions en cause et que ces dernières ont débouché sur un classement sans suite, les procédures les plus anciennes ayant fait l'objet d'une destruction. Il produit toutefois un extrait de l'enquête préliminaire concernant la dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui, laquelle a débouché sur un classement sans suite au motif que l'auteur des faits est resté " inconnu ". Il produit également un extrait de l'enquête préliminaire concernant les violences et viols sur son ex compagne, dont il ressort que la vice-procureure de la République a demandé au service enquêteur de lui " transmettre la procédure en vue d'un classement sans suite ". Enfin, le requérant produit un jugement du tribunal correctionnel du 10 novembre 2020 concernant des faits de soustraction frauduleuse de divers objets, notamment un carnet de chèque et un téléphone, dont il démontre avoir en réalité été victime. Le préfet du Var communique, quant à lui, un extrait du traitement des antécédents judiciaires, dont les éléments qu'il contient ne permettent pas, à eux seuls, d'établir la matérialité des faits reprochés.
4. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état des pièces du dossier, le préfet n'établit pas que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2024, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués.
Sur l'injonction et l'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
6. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application de ces dispositions, d'enjoindre à l'administration de délivrer au requérant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Var du 23 janvier 2024 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. Quaglierini
Le président,
Signé
J.-F. Sauton
La greffière
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
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