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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400443

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400443

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme B C, représentée par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre séjour :

* est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pu être entendue préalablement afin de pouvoir apporter des éléments concernant son entrée sur le territoire français ainsi que sa situation familiale et personnelle ;

* méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

* méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code en ce que les liens qu'elle a établis en France et ses démarches d'insertion constituent des motifs humanitaires et exceptionnels ;

* méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant compte tenu des risques pour ses enfants en cas de retour au Nigéria ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est illégale par exception d'illégalité ;

* est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pu être entendue préalablement afin de pouvoir apporter des éléments concernant son entrée sur le territoire français ainsi que sa situation familiale et personnelle ;

* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle est dépourvue d'attache avec le Nigéria qu'elle a dû fuir ;

- la décision portant pays de destination :

* n'est pas motivée ;

* méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est personnellement exposée à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté ainsi que courre un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria.

Par une ordonnance du 12 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 avril 2024.

Un mémoire présenté par le préfet du Var a été enregistré le 5 avril 2024 sans être communiqué, en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,

- et les observations de Me Caillouet-Ganet pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante nigériane née le 7 février 1993 au Nigéria, déclare être entrée en France le 10 juillet 2018 où elle s'est maintenue avec son époux, M. D A, et y a donné naissance à Toulon à ses deux enfants, E A, né le 11 mars 2019 et Sophie A, née le 18 juin 2022. Ayant présenté une demande de titre de séjour le 10 mai 2022, consécutivement au rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 31 juillet 2019, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 février 2020, le préfet du Var a, par un arrêté du 29 décembre 2023, refusé sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Par sa requête, l'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat ".

3. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2024. Par suite, il n'y a pas lieu, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

En ce qui concerne le défaut de contradictoire :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

5. En vertu de leurs termes mêmes, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour prise en réponse à une demande formulée par l'intéressé. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". De même l'article R. 423-5 du même code précise : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; / 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; / 3° La justification de ses conditions d'existence en France ; / 4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. La requérante soutient que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Toutefois, elle n'établit pas ses liens personnels et familiaux en France, se bornant à produire des documents relatifs à sa prise en charge avec ses enfants, concernant notamment leur hébergement, la scolarité en maternelle de son fils et une attestation de droits à l'assurance maladie. L'ensemble des éléments produits étant insuffisants pour établir notamment la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France et son insertion dans la société française, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Var a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. La requérante soutient que sa demande de titre de séjour se justifie par des considérations humanitaires et des motifs exceptionnels. Toutefois, tel qu'il a été dit au point 7, en se bornant à produire des documents relatifs à sa prise en charge avec ses enfants, elle n'établit aucune circonstance de nature à justifier des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels prévus par les dispositions précitées. Par suite, la décision du préfet n'a pas été prise en méconnaissance desdites dispositions.

En ce qui concerne la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la Convention internationale des droits de l'enfant :

10. Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La requérante soutient que la décision attaquée en tant qu'elle porte refus de titre de séjour méconnaît les stipulations précitées compte tenu des risques encourus par ses enfants en cas de retour au Nigéria. Toutefois, la décision par laquelle le préfet du Var a refusé à Mme C de lui délivrer un titre de séjour n'a pas pour objet ou pour effet de la contraindre à regagner son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoit : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". De même, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

13. La requérante soutient qu'elle a été privée de son droit d'être entendue et de faire valoir ses observations concernant sa situation avant que ne soit prise à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, en se bornant à soutenir une méconnaissance de ses droits de défense, sans pour autant exposer les éléments dont elle aurait été privée de faire entendre et de démontrer que ces derniers auraient eu une incidence sur le contenu de la décision attaquée, la requérante n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français en litige est entachée d'un vice de procédure.

14. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Si la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées, elle n'établit pas pour autant avoir noué des liens personnels et familiaux en France suffisants tel qu'il l'a été dit au point 7. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Sur les conclusions à fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de l'arrêté attaqué que pour fixer le pays de destination, le préfet s'est expressément fondé sur les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a mentionné que " l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires " à ces stipulations. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

17. En deuxième lieu, si la requérante soutient qu'elle court un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria, il résulte de l'arrêté en litige que le pays de destination est fixé en " Albanie ou tout autre pays où elle est légalement admissible à s'établir ". Par suite, le moyen invoqué, au demeurant non assorti de justifications, doit être écarté.

18. En troisième lieu, pour le même motif que celui énoncé au point 17, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 10. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que rien ne s'oppose à ce que les enfants de la requérante repartent avec leur mère dans un de ces pays où leur scolarité pourra être poursuivie.

19. Il résulte ainsi de tout ce qui précède que l'intéressée n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur l'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme B C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

La présidente,

Signé

M. Doumergue

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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