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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400519

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400519

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantBESSIS-OSTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2024, Mme A B représentée par Me Bessis-Osty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet du Var a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Mme B soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'incompétence ;

- n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation, alors que sa fille malade et dépendante a été reconnue réfugiée et que son mari a une promesse d'embauche ;

- est entaché d'une erreur de fait ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des articles L.612-6 et suivants du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et compte tenu de la situation de sa fille ;

-

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauton,

- et les observations de Mme B.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante arménienne née en 1974, a sollicité l'asile le 18 novembre 2022. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande le 27 juin 2023. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 octobre 2023. Enfin, par un arrêté en date du 26 janvier 2024, le préfet du Var lui a notifié un arrêté portant obligation de quitter le territoire dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

1.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () "

4. Mme B allègue que l'arrêté en date du 26 janvier 2024 du préfet du Var n'a pas été précédé d'un examen approfondi de sa situation. Elle soutient que sa filCtyan, qui est majeure, a été reconnue réfugiée par la Cour nationale du droit d'asile et qu'elle ne peut vivre sans sa mère du fait de son état de santé fragile. Or, l'arrêté préfectoral en date du 26 janvier 2024 retient comme motif que Mme B ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France et, s'il mentionne sa fille, est taisant tant sur la protection accordée à celle-ci par l'office français de protection des réfugiés et apatrides que sur la maladie de son enfant, dont la réalité et la gravité sont pourtant établies. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que le préfet du Var n'a pas examiné de façon suffisamment approfondi la situation familiale actuelle de Mme B.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 26 janvier 2024 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

1.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. La requérante a été admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, Me Bessis-Osty renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2: L'arrêté du 26 janvier 2024 du préfet du Var portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours de Mme B, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : En application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat versera à Me Bessis-Osty, avocat de Mme B, la somme de 1 000 euros, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bessis-Osty et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

JF. SAUTON

La greffière,

Signé

I. REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, La greffière.

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