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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400635

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400635

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400635
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2024, Mme A B demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 26 décembre 2023 du silence gardé par la rectrice de l'académie de Nice sur sa demande de paiement de ses congés non pris entre 2016 et 2019 et de son indemnité compensatrice de congés de quatre semaines suite à sa demande de report ainsi que sur sa demande de révision de son allocation temporaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Nice de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la condition d'urgence : elle est remplie car :

- si la décision contestée venait à être confirmée, cette dernière aurait pour conséquences, d'une part, de figer sa situation administrative et personnelle en tant que fonctionnaire retraitée et radiée des cadres et, d'autre part, de la mettre en difficultés financière et familiale ;

- s'agissant de sa situation administrative, la décision litigieuse ne peut qu'avoir des conséquences administratives irrémédiables ;

- à cet égard, ayant quitté ses fonctions suite à sa demande de retraite pour invalidité depuis 1er août 2022, elle n'est plus en exercice et, depuis son départ, sa situation à la fois administrative et statutaire portant sur la question du paiement de ses congés annuels 2016-2020 n'est toujours pas réglée malgré les nombreuses demandes effectuées en ce sens auprès des services du rectorat de l'académie de Nice ;

- en outre, les services du rectorat ont retenu un taux d'invalidité à hauteur de 33 % alors que dans sa séance plénière du 26 septembre 2023, le conseil médical a retenu un taux d'invalidité à hauteur de 35 %, " ce qui interroge " ;

- actuellement, comme le prouvent son titre de pension et son bulletin 2024, elle perçoit une petite pension de retraite de 1 216,63 euros ce qui lui porte un préjudice financier important, d'autant que son état de santé se dégrade comme en fait le constat le docteur C dans rapport médico-légal du 15 Février 2024 ;

- au plan personnel, la requérante souffre d'une véritable indifférence de la part de son ancienne administration qu'elle a pourtant servie durant de nombreuses années sans que ses services ne prennent le temps et le soin de traiter sa situation administrative avec les diligences normales et dans un délai raisonnable ;

- la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ou aux intérêts qu'elle entend défendre ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'acte : il est constitué car :

- la décision contestée est entachée d'insuffisance de motivation en violation des dispositions des articles L. 211-3 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en s'abstenant de répondre à ses demandes, les services du rectorat ont manqué à leurs obligations légales en faisant fi des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 et des articles L. 211-1 et suivants du code précité ;

- s'agissant des indemnités dues au titre des congés annuels non pris, l'agent qui quitte définitivement la fonction publique après un congé de maladie sans avoir repris ses fonctions, bénéficie d'une indemnité compensatrice de congés dans la limite de quatre semaines de congés ; c'est bien le cas en l'espèce au vu de son placement en congé de longue durée du 1er juillet 2019 au 31 juillet 2021 ;

- s'agissant de ses congés annuels non pris depuis le 6 septembre 2016, date de son accident de service, jusqu'au 19 septembre 2019, date de sa consolidation, elle a droit au versement d'une indemnité correspondant à 70 jours de congés payés ; elle en a fait la demande avant son départ en retraite mais n'a jamais obtenu de réponse ; ce délai déraisonnable de traitement de sa demande relève d'un dysfonctionnement majeur du service ;

- l'administration a donc violé les disposions de la directive 2003/88/CE du parlement européen et du conseil du 4 novembre 2003 et a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 22 février 2024 sous le n° 2400642, tendant à l'annulation de la décision en litige.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bernabeu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui exerçait ses fonctions de secrétaire administrative de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur de classe normale au Lycée général et technologique " Jean Moulin " à Draguignan, a été radiée des cadres le 1er août 2022. Par la présente requête, elle demande la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 26 décembre 2023 du silence gardé par la rectrice de l'académie de Nice sur sa demande de paiement de ses congés non pris entre 2016 et 2019 et de son indemnité compensatrice de congés de quatre semaines suite à sa demande de report ainsi que sur sa demande de révision de son allocation temporaire d'invalidité.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé des mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence, Mme B soutient que, s'agissant de sa situation administrative, la décision litigieuse ne peut qu'avoir des conséquences administratives irrémédiables. Elle fait valoir qu'à cet égard, ayant quitté ses fonctions suite à sa demande de retraite pour invalidité depuis 1er août 2022, elle n'est plus en exercice et, que depuis son départ, sa situation à la fois administrative et statutaire portant sur la question du paiement de ses congés annuels 2016-2020 n'est toujours pas réglée malgré les nombreuses demandes effectuées en ce sens auprès des services du rectorat de Nice. Cependant, elle indique elle-même disposer d'une pension de retraite d'un montant mensuel de 1 216,63 euros et n'apporte aucun élément sur la composition de son foyer ni sur les revenus globaux de ce dernier, de sorte qu'il n'est pas établi que l'exécution de la décision en litige, qui porte pour l'essentiel sur un refus de versement d'indemnités qui seraient dues à la requérante, qui ne les chiffrent au demeurant pas, pourrait l'empêcher d'assumer ses dépenses courantes. Si elle ajoute qu'en outre, les services du rectorat ont retenu un taux d'invalidité à hauteur de 33 % alors que dans sa séance plénière du 26 Septembre 2023, le conseil médical a retenu un taux d'invalidité à hauteur de 35 %, " ce qui interroge " selon elle, un tel constat, au demeurant dépourvu de toute précision, ne permet pas d'en déduire une quelconque situation d'urgence, pas plus que celui selon lequel son état de santé se dégraderait eu égard aux constatations du docteur C dans rapport Médico-Légal du 15 Février 2024. Si Mme B fait également valoir qu'au plan personnel, elle souffre d'une véritable indifférence de la part de son ancienne administration qu'elle a pourtant servie durant de nombreuses années et que sa demande n'a pas été traitée avec les diligences normales et dans un délai raisonnable, un tel constat ne permet pas davantage d'en déduire que la décision contestée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dès lors, Mme B ne peut être regardée, en l'état de l'instruction, comme justifiant de la nécessité pour elle d'obtenir une mesure de suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet contestée en attendant le règlement du litige au fond. Par suite, en l'état de l'instruction, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B, prises en toutes ses conclusions, doit être rejetée par application de la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'examiner si l'un des moyens invoqués est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dont il est demandé la suspension de l'exécution.

ORDONNE

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Nice.

Fait à Toulon, le 26 février 2024.

La vice-présidente désignée,

Juge des référés

Signé

M. BERNABEU

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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