vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400648 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2024, Mme B A, représentée par Me Peloux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 en tant que le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire " dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ;
4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- méconnait les dispositions de l'article L.435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
L'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 12 avril 2024, le rapport de M. Sauton, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante béninoise née en 2001, déclare être entrée en France en 2019 avec un visa long séjour portant la mention " étudiant ", qui a été renouvelé à plusieurs reprises entre septembre 2020 et décembre 2022. Avant l'expiration de son dernier titre de séjour, elle a sollicité auprès des services de la préfecture un renouvellement pour l'année 2023/2024. Le préfet du Var, par un arrêté en date du 23 janvier 2024, lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, par un arrêté n°2023/47/MCI du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro 156, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. / La carte ainsi délivrée donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle (). Aux termes de l'article L.422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ".
5. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, la requérante était inscrite pour la troisième fois en deuxième année de licence de physique-chimie à l'Université de Toulon-Var. Depuis son arrivée en 2019, la requérante n'a validé que sa première année. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'a pas fait preuve d'assiduité à certains cours et présente de véritables difficultés aux examens. Si elle soutient avoir souffert d'une dépression durant ses études, il ressort toutefois des pièces du dossier que, parallèlement à celles-ci, elle a occupé deux emplois pour subvenir à ses besoins ce qui a nécessairement altéré sa capacité à s'investir dans sa formation universitaire. Dans ces circonstances, en refusant à Mme A le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, au motif qu'elle n'a démontré aucune progression de son cursus universitaire et qu'elle n'établit pas le caractère sérieux des études poursuivies depuis son entrée en France, le préfet du Var n'a pas entaché la décision litigieuse d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité son renouvellement de titre de séjour sur le fondement de cet article et il n'appartient pas au préfet de s'en saisir d'office. Dès lors, le moyen dont s'agit est inopérant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire pour les cas suivants : () 2°) L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse () "
9. Si Mme A soulève le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.612-2 susmentionné, elle n'apporte aucune précision permettant de l'examiner. Par suite, ce moyen imprécis doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".
11. Mme A ne produit aucun élément dans le dossier qui serait de nature à établir qu'elle serait exposée personnellement à un risque actuel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, ou qu'elle ne pourrait bénéficier des soins nécessaires à son état de santé. Dès lors, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
12. Enfin, Mme A soutient qu'elle a formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 22 février 2024, et ce, au motif qu'elle exerce une activité salariée sur le territoire français. Toutefois, la demande est postérieure à la décision attaquée, et elle est actuellement en cours d'instruction auprès des services de la préfecture. Dès lors que cette demande n'a pas été produite au préalable de la décision litigieuse, il y a lieu de considérer ce moyen comme étant inopérant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
JF. SAUTON
L'assesseur le plus ancien,
Signé
B. QUAGLIERINI
La greffière,
Signé
B. BALLESTRACCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2400648
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026