mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ANTOINE ALONSO GARCIA AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2024 et le 28 mars 2024, le Syndicat Mixte du Développement Durable de l'Est-Var (SMIDDEV), représenté par Me Rey, demande au juge des référés :
1°) de condamner la Communauté de communes du pays de Fayence (CCPF) à lui verser une indemnité provisionnelle d'un montant de 196 167 euros TTC au titre des sommes dont il a été illégalement privé du fait de la méconnaissance de la compétence régulière du Syndicat s'agissant du traitement des déchets de la commune de Bagnols-en-Forêt, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;
2°) de mettre à la charge de la CCPF une somme de 3 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la méconnaissance du principe d'exclusivité par la CCPF a fait naître, de manière certaine, un préjudice financier affectant le SMIDDEV, et, par conséquent, un droit au paiement des sommes dues au titre des déchets détournés et non pris en charge par le Syndicat en dépit de sa compétence pleine et entière, non sécable, qui entraîne le dessaisissement corrélatif et total de la CCPF ; il résulte de ce principe que la CCPF dessaisie ne peut plus exercer elle-même la compétence, ni s'ingérer d'une quelconque manière dans sa mise en œuvre sur le territoire de la commune de Bagnols-en-Forêt inclus dans le périmètre du SMIDDEV ; le Syndicat n'a passé aucun accord avec la CCPF s'agissant d'une prétendue autorisation de prendre en charge le traitement des déchets issus de la déchèterie de Bagnols-en-Forêt et a mis en demeure à plusieurs reprises la CCPF de se conformer à ses obligations ;
- le SMIDDEV se voit amputé d'un manque à gagner indéniable du fait du détournement illégal des déchets verts, des métaux, des cartons et du verre, outre pour ces derniers déchets l'absence de soutiens des éco-organismes (ADELPHE, CITEO) qui sont proportionnels à la tonne
-
triée ; ces préjudices peuvent être provisoirement évalués à 213 457 euros, à parfaire au regard des tonnages enregistrés depuis le 1er janvier 2023 lorsqu'ils seront connus mais également du carton et du verre collectés en points d'apports volontaires sur le territoire de la Commune de Bagnols-en- Forêt ; outre la perte de 6 000 euros par an au titre du SCC soit 30 000 euros de 2018 à 2022 ;
- la créance n'est pas prescrite car le SMIDDEV a pris connaissance des détournements de déchets, en cours depuis 2013, à compter de l'année 2022 seulement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, la communauté de communes du pays de Fayence, représentée par Me Alonso Garcia, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du SMIDDEV au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle demande l'indemnisation d'un préjudice prétendument subi au titre : - du traitement, par la CCPF, du verre de la commune de Bagnols-en- Forêt - de la prétendue déclaration par la CCPF de tonnages du SMIDDEV au titre du SCC (Soutien à la Connaissance des Coûts), alors que ces 2 faits générateurs ne sont pas visés dans la demande indemnitaire préalable du 11 octobre 2023 ;
- la créance est sérieusement contestable :
* les faits antérieurs à 2014 ne relèvent pas de la compétence de la CCPF, devenue membre du SMIDDEV à compter du 1er janvier 2014 seulement ;
* la prescription quadriennale est applicable pour la créance invoquée au titre des années 2013 à 2018 inclues, car la situation est connue de tous et le SMIDDEV ne disposait pas des équipements nécessaires au traitement de certains déchets ;
* Ensuite, en aucun cas la responsabilité de la CCPF ne peut être engagée car : - des carences dans le traitement des déchets et des fautes de gestion du SMIDDEV sont totalement exonératoires de responsabilité pour la CCPF, - les tentatives de la CCPF de mettre fin à une situation initialement illégale bien que constituée depuis dix ans et les refus opposés par le SMIDDEV sont également exonératoires de responsabilité pour la CCPF ;
* A titre subsidiaire, l'existence d'un préjudice du SMIDDEV est en tout état de cause contestée dans son principe car : la non prise en charge des déchets verts et gravats de Bagnols-en- Forêt lui permettait de limiter ses dépenses ; - compte tenu d'un fonctionnement s'apparentant à une
" boite aux lettres ", le SMIDDEV ne peut pas avoir subi de préjudice, dès lors qu'il se borne à refacturer aux collectivités membres ses dépenses ; la perte de recette serait en tous les cas illégitime et contraire au principe de bonne gestion des deniers publics ; le préjudice invoqué au titre d'un soutien à la connaissance des coûts (SCC) qui aurait prétendument dû être versé depuis 2018 est radicalement sans lien de causalité avec le traitement par la CCPF et purement hypothétique ;
* A titre ultra subsidiaire, le préjudice invoqué est également contesté dans son montant ; les chiffres invoqués ne sont aucunement justifiés ; ils reposent en outre sur des calculs contraires aux statuts du SMIDDEV.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer seulement que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude, l'octroi d'une telle provision n'étant aucunement subordonné à l'urgence ou à la nécessité pour le demandeur de l'obtenir.
2. Sur ce fondement, le SMIDDEV demande à être indemnisé des sommes dont il aurait été illégalement privé du fait de la méconnaissance de la compétence régulière du Syndicat s'agissant du traitement des déchets de la commune de Bagnols-en-Forêt.
3. Pour demander la condamnation de la CCPF au paiement d'une provision, le SMIDDEV soutient que la méconnaissance du principe d'exclusivité par la CCPF a fait naître un préjudice financier affectant le SMIDDEV, au titre des déchets détournés par la CCPF et non pris en charge par le Syndicat en dépit de sa compétence exclusive pour le traitement des déchets de la commune de Bagnols-en-Forêt, que le SMIDDEV se voit amputé d'un manque à gagner indéniable du fait du détournement illégal des déchets verts, des métaux, des cartons et du verre, outre pour ces derniers déchets l'absence de soutiens des éco-organismes (ADELPHE, CITEO) qui sont proportionnels à la tonne triée, que ces préjudices peuvent être provisoirement évalués à 213 457 euros, à parfaire et que la créance n'est pas prescrite car le SMIDDEV a pris connaissance des détournements de déchets, en cours depuis 2013, à compter de l'année 2022 seulement.
4. Toutefois, tout d'abord, si la période de l'indemnisation recherchée par le SMIDDEV court à compter de l'année 2013, les faits antérieurs à 2014 ne relèvent pas de la compétence de la CCPF, devenue membre du SMIDDEV à compter du 1er janvier 2014 seulement. Ensuite, la prescription quadriennale est susceptible d'être opposée pour la créance invoquée compte tenu que le SMIDDEV ne pouvait ignorer la situation et que le syndicat ne disposait pas de l'ensemble des équipements nécessaires au traitement de certains déchets. En outre, l'existence d'un préjudice du SMIDDEV est contestée dans son principe par la CCPF car la non prise en charge de certains déchets verts et gravats de la commune de Bagnols-en-Forêt lui permettait de limiter ses dépenses. Enfin, le préjudice invoqué est faiblement justifié par les pièces versées au dossier. Ainsi, l'existence et le montant de l'obligation de la CCPF envers le SMIDDEV ne présentent pas, en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser les frais au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative à la charge des parties qui les ont exposés.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du SMIDDEV est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la CCPF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au Syndicat Mixte du Développement Durable de l'Est-Var, à la Communauté de communes du pays de Fayence et à la commune de Bagnols-en- Forêt.
Fait à Toulon, le 2 avril 2024.
Le juge des référés, Signé
JF. A
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Le greffier
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026