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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400671

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400671

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEBRETON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, M. B A, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

-

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens sont infondés.

Par une décision du 18 mars 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article

R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les observations de Me Lebreton, représentant M. A,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 12 août 2002, déclare être entré en France le 2 janvier 2019. Par arrêté du 18 octobre 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions principales :

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".

1.

3. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A, le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance que M. A ne justifiait ni d'un contrat de travail et/ou d'autorisation de travail à l'appui de sa demande ni de fiches de paie à compter d'août 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, pour faire suite à une demande de la préfecture en ce sens du 28 octobre 2022, M. A lui a produit l'avenant à son contrat de travail à durée déterminée, du 1er août 2023, ayant pour objet de le transformer en contrat à durée indéterminée. Par ailleurs, si M. A ne produit effectivement pas de fiches de paie entre août et décembre 2022, il justifie de tels documents à compter de janvier 2023. Dans ces conditions, le préfet du Var a commis une erreur dans l'exactitude matérielle des faits.

4. Il en résulte, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. A doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions accessoires :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". D'autre part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721- 6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Si le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique que l'administration réexamine la situation administrative de M. A dans un délai de quatre mois, il résulte de l'instruction que, à la date du présent jugement, et sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, l'intéressé pourrait prétendre, en raison du contrat de travail à durée indéterminée dont il justifie, à une carte de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu de lui accorder, dans un délai de quinze jours, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

7. En second lieu, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lebreton, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lebreton d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français du 18 octobre 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de réexaminer la situation administrative de M. A dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans un délai de quinze jours, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Lebreton une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lebreton renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Var et à Me Lebreton.

Copie en sera adressée sans délai au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure, Signé

K. Martin

Le président, Signé

Ph. Harang

Le greffier, Signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier

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