vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400683 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAGARDERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 février 2024 et 29 février 2024,
Mme E A C, représentée par Me Lagardère, demande au tribunal :
1°) d'admettre Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, ainsi que le signalement dans le système d'information Schengen qui en résulte ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 75 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser directement à Me Lagardère, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est illégale en raison de l'insuffisance de sa motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen de sa situation ; le préfet du Var a fondé son refus de titre de séjour sur le motif de la cessation de la communauté de vie qui serait intervenu, suite à une assignation du mari de la requérante en février 2021 alors que son dernier titre de séjour détenu date d'octobre 2022 ; le préfet du Var pouvait donc retirer le titre de séjour, ce qu'il n'a pas fait ;
- le préfet du Var a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il est réputé avoir examiné la demande de titre de séjour de Mme A C sur ce fondement ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; à la date de la décision attaquée elle séjourne sur le territoire français depuis 5 ans ; elle a noué des liens particulièrement importants, notamment par le travail.
En ce qui concerne la décision obligeant Mme A C à quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance de la loi du 11 juillet 1979 précitée relative à la motivation des actes administratifs ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet du Var a commis une erreur de droit pour ne s'être pas prononcé au regard des critères définis à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Mme A C n'a pas été en mesure d'être entendue ni de présenter ses observations sur l'éventualité que lui soit infligée une interdiction de retour sur le territoire français ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision près le tribunal judiciaire de Toulon en date du 4 juin 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme A C.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 :
- le rapport de M. Bailleux ;
- les observations de Me Lagardère, représentant Mme A C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C est une ressortissante de nationalité marocaine, qui est entrée régulièrement en France le 9 juillet 2019 avec un visa long séjour " conjoint de français ", ainsi que l'indique la décision attaquée. Elle a bénéficié d'un premier titre de séjour portant la mention " conjoint de français " valable du 5 octobre 2022 au 4 octobre 2023. Elle a présenté ensuite une demande de titre de séjour le 6 octobre 2023 de renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 18 janvier 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour se fonde sur les dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la rupture du lien du mariage de l'intéressée avec M. D, qu'elle a épousé le 2 janvier 2018 à Taza au Maroc. La décision attaquée mentionne également que, selon les dires de la requérante, la communauté de vie avec son époux aurait cessé depuis le 22 juin 2020. Cette même décision indique ensuite que le mariage a été annulé par le juge, et que la requérante a été condamnée à verser à son ex-époux la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral, et qu'enfin le tribunal de Toulon a qualifié le mariage entre Mme A C et M. D de mariage blanc. La décision attaquée indique ensuite que celle-ci ne porte pas atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la requérante n'étant pas dépourvue de toutes attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, et ainsi que le fait valoir le préfet du Var dans son mémoire, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée en fait et en droit. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".
5. La requérante soutient que le refus de renouvellement de titre de séjour est fondé sur la rupture de la communauté de mariage de la requérante avec son époux, alors que l'assignation par son ancien mari date de février 2021. Elle poursuit en soutenant qu'elle a obtenu son titre de séjour d'un an en octobre 2022, et que celui-ci était valable jusqu'au mois d'octobre 2023. Elle indique encore que le préfet du Var, en ne retirant pas son titre de séjour, alors qu'il en avait la possibilité, a entaché la décision d'une erreur de droit. Toutefois, ces dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile offrent au préfet une opportunité de retirer le titre de séjour au cours de sa période de validité en cas de rupture du lien conjugal ou de la vie commune, lorsque celle-ci intervient au cours de la durée de validité du titre de séjour. Contrairement à ce que soutient la requérante, le fait que le préfet du Var n'ait pas retiré le titre de séjour ne saurait avoir une quelconque incidence sur la légalité de la décision du préfet du Var ayant refusé le renouvellement du titre de séjour.
6. En outre, si la requérante soutient que le préfet du Var n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation, il ressort au contraire de la décision en litige que le préfet du Var a constaté la rupture de la vie commune de la requérante avec son mari et en conséquence a décidé de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, en raison de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-1 à L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Var aurait entaché la décision attaquée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen de la situation de la requérante. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit et du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles
L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Var, dans la décision en litige a indiqué : " Considérant que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation de l'intéressée n'est pas de nature à justifier une dérogation aux conditions d'octroi d'un titre de séjour prévues par la réglementation en vigueur ; qu'en conséquence la situation de Mme A C correspond à l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". La requérante poursuit en indiquant que le préfet a donc étudié la possibilité d'obtenir un titre de séjour salarié, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Var aurait étudié la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A C sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui au demeurant ne sont pas applicables aux ressortissants de nationalité marocaine.
10. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante ne peut utilement soutenir que le préfet du Var aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Droit au respect de la vie privée et familiale. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. La requérante invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ne sont pas opposables à sa situation car elle a fait une demande de renouvellement de son titre de séjour vie privée et familiale " conjoint de français ", et elle n'a pas demandé de titre de séjour sur ce fondement, et d'autre part le préfet du Var n'ayant d'autre part pas invoqué ces dispositions dans son arrêté litigieux.
13. En outre, le préfet du Var a indiqué dans sa décision en litige que la décision ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Var a produit à l'instance le jugement du tribunal judiciaire de Toulon du 28 juillet 2023, suite à l'assignation délivrée le 18 février 2021 par M. B D, le mari de Mme A C. Le tribunal judiciaire a annulé le mariage de Mme A C avec M. D pour faute de Mme A C, qui n'a épousé son mari que dans son seul intérêt, étranger à l'intention matrimoniale, et a condamné Mme A C à verser à son ex-mari la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral et la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
15. La requérante se prévaut de son intégration par le travail. Elle apporte sur ce point une attestation de son employeur qui indique qu'elle est employée, depuis le mois d'avril 2021, par l'Association Aide Sociale aux Personnes Agées (ASPA). Elle apporte en outre quelques attestations de collègues de travail à l'instance, mais celles-ci sont très peu circonstanciées, et ne démontrent pas une intégration intense, stable et continue en France, y compris par le travail.
16. En outre, ainsi que le fait valoir le préfet du Var dans la décision en litige, la requérante a vécu la majeure partie de son existence au Maroc et ses deux parents et ses frères et sœurs habitent encore dans son pays d'origine. Ainsi, la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour n'a donc pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours
17. En premier lieu, aux termes de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
18. En l'espèce, ainsi que vu précédemment, la décision qui refuse le renouvellement du titre de séjour à Mme A C était elle-même suffisamment motivée. Ainsi, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français doit être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
20. Ainsi qu'il a été vu précédemment, la décision de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme A C ayant été jugée légale, le préfet du Var pouvait donc, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, obliger la requérante à quitter le territoire français, en application des dispositions précitées de l'article L. 611-1-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision d'Interdiction de Retour sur le Territoire Français (IRTF)
21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
22. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.
23. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français se contente d'indiquer : " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée d'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé, au sens de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". La requérante est donc fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
24. En outre, ainsi que le soutient également la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Var aurait en effet pris en compte les critères fixés par l'article
L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La requérante est donc fondée à soutenir d'une part que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et d'autre part qu'elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler seulement la décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an en retenant l'erreur de motivation en méconnaissance de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre ladite décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
26. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, à l'exception de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : La décision du 18 janvier 2024 par laquelle le préfet du Var a interdit à Mme A C de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme E A C, à Me Lagardère et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé :
F. BAILLEUX
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT
La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026