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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400698

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400698

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMACONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, M. A B, représenté par

Me Macone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en Tunisie ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur ; le nom du signataire de la décision apparaît de manière incomplète ; en outre, il doit être apporté la preuve qu'une délégation de signature suffisamment précise et régulière a été donnée au signataire de la décision ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation car elle indique que le requérant est entré en France le 19 octobre 2023 et qu'il s'est marié le 22 juillet 2023 ; ces éléments sont sans rapport avec la réalité de la situation de M. B et traduisent une insuffisance de la motivation en fait et en droit de la décision.

En ce qui concerne la légalité interne :

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entré en France en 2016, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Var ; il produit d'ailleurs les justificatifs de sa présence sur le territoire national depuis cette date ; les documents qu'il a produits à l'instance attestent de la vie commune avec Mme C depuis 2022 ; Mme C, qu'il a épousé le 22 juillet 2023, est enceinte de leur premier enfant qui est prévu de naître le 14 septembre 2024 ; en outre, il s'occupe très bien du premier enfant de Mme C, qu'elle a eu d'une première union.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté le 22 avril 2024 par Me Macone pour M. B n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 :

- le rapport de M. Bailleux, rapporteur ;

- les observations de Me Macone, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un ressortissant de nationalité tunisienne, qui allègue être entré en France en avril 2016. Le requérant soutient qu'il connaît Mme C depuis l'année 2022, et qu'il s'est marié, le 22 juillet 2023, avec cette ressortissante française, qui a déjà un enfant d'une première union. Le couple attend un enfant, dont la naissance est prévue le 14 septembre 2024. Le requérant a sollicité, le 2 août 2023, une demande de titre de séjour " vie privée et familiale ", en mettant en avant ses liens personnels et familiaux et son mariage avec Mme C. Par un arrêté du 18 janvier 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en Tunisie. Par la présente requête introduite devant le tribunal administratif de Toulon le 27 février 2024, M. B demande l'annulation des décisions en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne la légalité externe

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L''autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est signée par le secrétaire général de la préfecture du Var, M. Lucien Guidicelli, en date du 21 août 2023. L'arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, consultable sur Internet, qui apparaît aux visas de la décision en litige, dispose à son article 2 que : " Sans préjudice des dispositions de l'article 45 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 susvisé relatif aux compétences du secrétaire général de la préfecture en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, délégation de signature est donnée à M. Lucien Guidicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, à l'effet de signer : - tous actes, décisions, recours juridictionnels, saisines juridictionnelles notamment en matière de police des étrangers () ". Il ressort également de la consultation sur Internet du site de la préfecture du Var que cet arrêté du 21 août 2023 a fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n°156 du 21 août 2023, ainsi que le fait valoir le préfet du Var en défense. Ainsi, il ressort de ce qui précède, que cette délégation de signature, qui était opposable, était suffisamment précise pour conférer la compétence à M. D, pour signer la décision en litige. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une incompétence de son auteur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". En outre, l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise d'abord les accords franco-tunisiens, puis les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la situation d'espèce, et enfin l'arrêté n°2023/47/MCI du

21 août 2023 portant délégation de signature à M. Laurent Guidicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, signataire de la décision attaquée.

6. La décision attaquée se fonde ensuite d'une part sur les stipulations de l'article 10.1 de l'accord franco-tunisien, qui concerne la délivrance d'un titre de séjour de dix ans, et d'autre part sur les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La décision en litige décrit ensuite la situation de fait de M. B, en particulier son mariage avec Mme C, le fait qu'il n'ait pas d'enfant à charge et qu'il ne justifie pas être dépourvu de toutes attaches en Tunisie, où il a passé la majorité de sa vie. La décision indique ensuite que M. B ne peut prétendre à l'obtention d'un titre de séjour, que ce soit sur le fondement des stipulations de l'article 10.1 de l'accord franco-tunisien, ou sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En outre, le seul fait, ainsi que le soutient le requérant, que la décision attaquée comporterait une erreur matérielle relative à sa date d'entrée en France, qui est erronée, ne signifie pas que la décision en litige serait insuffisamment motivée. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait et en droit de la décision de refus de titre de séjour du 18 janvier 2024.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Droit au respect de la vie privée et familiale. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Le requérant soutient qu'il est présent en France depuis 2016, contrairement à ce qu'indique le préfet du Var dans sa décision. Toutefois, s'il produit effectivement un certain nombre de justificatifs de cette présence en France, il n'établit pas que cette présence aurait été continue depuis cette date. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, le seul fait qu'il aurait passé du temps en France, ne signifie pas nécessairement qu'il n'aurait plus de lien avec la Tunisie. Par ailleurs, le préfet fait valoir, sans être contredit sur ce point, que le requérant est entré irrégulièrement en France.

10. Il est constant que M. B s'est marié avec une ressortissante française le

22 juillet 2023, la communauté de vie avec son épouse, qui n'est par ailleurs pas contestée par le préfet du Var, est attestée par les pièces du dossier et par diverses attestations. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande de titre de séjour a été déposée le 2 août 2023, soit seulement quelques jours après la date de son mariage. En outre, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, à la date de la décision querellée, le requérant était marié depuis moins de six mois.

11. Si M. B apporte ensuite la preuve que son épouse, Mme C, est enceinte et qu'un enfant est prévu de naître autour du 14 septembre 2024, et si effectivement le fait pour lui de ne pouvoir assister à l'accouchement de son épouse constituerait une atteinte à sa vie privée et familiale, d'une part cet élément est postérieur à la décision attaquée et d'autre part il n'est pas établi que la décision de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français prise le 18 janvier 2024 priverait l'intéressé d'assister à l'accouchement de son épouse prévu le 14 septembre 2024, soit 8 mois après que la décision en litige n'ait été prise. Ainsi que le fait valoir le préfet du Var, il est toujours possible au requérant de demander un visa afin de séjourner régulièrement en France.

12. En outre, ainsi que le fait valoir le préfet du Var sur ce point, à la date de la décision attaquée, M. B n'avait aucun enfant à charge. Si le requérant soutient qu'il s'occupe très bien de l'enfant de Mme C né d'une première union, il n'est pas établi que cet enfant serait à la charge du requérant. D'ailleurs, le requérant soutient qu'il a signé un contrat de travail à durée indéterminée, et apporte la preuve qu'il a effectivement signé un contrat à durée indéterminée avec la société SARL Colbert le 11 septembre 2023. Toutefois, cette signature de contrat est récente, et ainsi que le fait valoir le préfet du Var sur ce point, il était au moment de la signature de ce contrat en situation irrégulière. Il produit à ce titre une fiche de salaire du mois de mars 2024, qui montre qu'il a perçu la somme de 456,59 euros de son employeur, ce qui ne lui permet pas d'assumer la charge de son épouse et de l'enfant de celle-ci.

13. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var a, par les décisions attaquées, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là qu'il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que tous les moyens de la requête ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu par voie de conséquence de rejeter les conclusions à fin d'injonction soulevées par le requérant.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, quelque somme que ce soit, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au Préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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