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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400748

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400748

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2024, Mme I D A, représentée par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 février 2024 par lequel préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour :

* procède d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet ait disposé d'un rapport d'un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et d'un avis du collège des médecins de ce dernier ;

* est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le fils de Mme D A souffre de graves troubles du comportement et est pris en charge par une équipe pluridisciplinaire ;

* méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la Convention internationale des droits de l'enfant relatif à l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* procède d'une décision de refus de titre de séjour illégale ;

* méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination :

* n'est pas suffisamment motivée ;

* méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, préfet du Var, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Un mémoire présenté par Mme D A a été enregistré le 27 mai 2024 sans être communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024, en l'absence

des parties :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A épouse G, ressortissante somalienne née

le 24 décembre 1987 à Buq Aqable en Somalie, déclare être entrée en France le 23 août 2019 avec son fils, E G, et s'y être maintenu. Le 20 septembre 2019, l'intéressée a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), lequel l'a rejeté le 13 août 2021. Son recours du 22 octobre 2021 auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a également été rejeté le 5 mai 2022. Saisi à nouveau d'une demande d'asile déposée le 6 janvier 2023 Mme D A, l'OFPRA l'a rejetée comme étant irrecevable le 12 janvier 2023 et un recours a été enregistré auprès de la CNDA le 11 avril 2023. Parallèlement, l'intéressée a déposé une demande de titre de séjour portant le mention " parent d'enfant malade " et par un arrêté du 2 février 2024, le préfet du Var l'a refusé, l'obligeant également à quitter le territoire français. Par sa requête, Mme D A entend contester cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État ".

3. Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2024 intervenue au cours de la présente instance. Par suite, ses conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre :

En ce qui concerne les irrégularités de procédures alléguées :

4. La requérante soutient qu'il appartient au préfet du Var de démontrer que l'avis médical du 4 décembre 2023 qui lui a été transmis par le collège de médecins de l'OFII procède du rapport d'un médecin de l'OFII n'ayant pas ensuite siégé au sein dudit collège. Il ressort du bordereau de distribution de l'avis du collège des médecins de l'OFII, adressé au préfet du Var le 4 décembre 2023, qu'un rapport médical a été établi le 19 novembre 2023 par le docteur B C. Ce dernier a ensuite été transmis au collège de médecins de l'OFII le 22 novembre 2023, constitué des docteurs Alain Sebille, Pierre Horrach et Frédéric Triebsch. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'erreur d'appréciation sur la pathologie affectant le fils de Mme D A :

5. La requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les graves troubles qui affectent son fils nécessitent une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier et, plus particulièrement de l'attestation du docteur F H du 23 juin 2023,

que E G présente des troubles s'inscrivant dans une pathologie de la relation et une agitation psychomotrice ne lui permettant pas des apprentissages dans les domaines du jeu, de la socialisation et de la scolarité. Bien que la Dr H conclut qu'il est indispensable qu'il soit suivi sur le territoire français, dans le cadre d'un accompagnement pluridisciplinaire,

il n'est pas pour autant établi que le défaut de prise en charge des troubles en litige puisse entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, tel que le collège de médecins de l'OFII l'a expressément mentionné dans son avis du 4 décembre 2023. Partant, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté comme n'étant pas fondé.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant :

6. Aux termes de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Si la requérante soutient que la décision attaquée contrevient à l'intérêt supérieur de l'enfant, elle n'assortit cependant son moyen d'aucun élément pour en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision portant refus de titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Personne ne peut infliger à quiconque des blessures ou des tortures. Même en détention, la dignité humaine doit être respectée ".

10. La requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité dès lors " qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne pourra compter sur une protection adéquate des autorités nationales, au vu de son profil spécifique, et au vu de la situation générale en Somalie ". Toutefois, de telles circonstances ne sauraient être utilement invoquées au soutien de la seule décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

12. La requérante soutient que la décision attaquée porte nécessairement atteinte à sa vie privée ou familiale dès lors qu'elle affecte son séjour en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée ait établi un lien intense, ancien et stable avec la France et qu'elle y ait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux dans la mesure où, arrivée seulement en 2019 sur le territoire national, elle a vécu l'essentiel de son existence en Somalie où sont notamment établis 4 de ses 5 enfants.

13. En troisième et dernier lieu, il résulte du point 8 que la décision portant refus de titre de séjour est légale et, par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence doit être écarté comme n'étant pas fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annuler l'obligation de quitter le territoire français sont rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant fixation du pays de destination :

15. En premier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Var se réfère expressément aux stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraire dans son pays d'origine. Il s'ensuit que la décision est suffisamment motivée en fait et en droit.

16. En second lieu, la requérante soutient qu'elle court un risque de traitements inhumains ou dégradants et est personnellement exposée à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté en cas de retour en Somalie. Toutefois il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la décision de l'OFPRA du 12 janvier 2023 indique que les faits exposés par l'intéressée au soutien de sa demande de réexamen pour bénéficier d'une protection internationale, n'ont pas établi qu'elle justifiait " des conditions requises pour prétendre à une protection ", prévues aux articles L. 511-1 et L. 512-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs au statut de réfugié et au bénéfice de la protection subsidiaire. D'autre part, Mme D A n'expose dans sa requête aucun autre risque dont elle serait personnellement exposée en cas d'un retour dans son pays d'origine. Partant, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet a pu fixer son pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annuler la décision fixant le pays de destination sont rejetées.

Sur l'injonction et l'astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite,

les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme D A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de préfet du Var qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme D A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I D A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Quaglierini

Le président,

signé

Ph. Harang

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef,

Le greffier.

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