mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400815 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. B A représenté par Me Lagardère demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a procédé à son signalement aux fins de non- admission dans le système d'information Schengen et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ;
4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :
- est insuffisamment motivé au titre de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
-
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et le préfet du Var s'est estimé en situation de compétence liée ;
- méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il bénéficie du droit au maintien sur le territoire français au titre de l'article L541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile avant l'arrêté attaqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Sauton a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 février 2024, le préfet du Var a obligé M. B A, ressortissant turc né en 1998, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 1 an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le
1.
président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen particulier de la situation personnelle et la compétence liée :
4. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à M. A de comprendre et de discuter les motifs de ces décisions et pour le juge d'exercer son contrôle. Ces éléments témoignent qu'un examen particulier a été porté sur la situation de M. A et que le préfet du Var ne s'est pas cru en situation de compétence liée. Dès lors, les moyens dont s'agit doivent être écartés.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales:
5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
6. M. A, dont au demeurant la demande d'asile été rejetée d'abord, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 27 septembre 2022 puis, par la Cour nationale du droit d'asile (ci-après OFPRA) par une décision en date du 2 novembre 2023, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé personnellement à un risque actuel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il n'est, dès lors, par fondé à soutenir que le préfet du Var aurait méconnu les dispositions précitées.
En ce qui concerne le droit au maintien :
7. Aux termes de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article
L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () ". Enfin, aux termes de l'article L.531-32 du même code dispose que :
"L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : " () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen
préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".
8. M. A soutient qu'antérieurement à la date de l'arrêté attaqué, il avait introduit une demande de réexamen auprès de l'OFPRA et que sa demande est toujours en cours d'instruction. Il ressort toutefois des pièces du dossier notamment, du relevé d'information " Telemofpra " produit en défense par le préfet, que d'une part, sa demande de réexamen a été enregistrée le 22 mars 2024 soit postérieurement à la date de l'intervention de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité, d'autre part, que sa demande a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 29 mars 2024 pour irrecevabilité " ADC " (absence de craintes). Par conséquent, M. A, qui ne bénéficiait plus d'un droit au maintien sur le territoire, est au nombre des étrangers pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur l'inscription au système d'information Schengen :
10. En toute hypothèse, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite et en toute hypothèse, les conclusions dirigées à l'encontre de cette décision sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2: La requête de M. A est rejetée.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lagardère et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
JF. SAUTON
La greffière,
Signé
I. REZOUG
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, P/La greffière en chef,
La greffière,
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