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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400892

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400892

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAZILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 mars 2024, 6 mai 2024 et 7 juin 2024, M. H B E, représenté par Me Bazile, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

A titre principal :

2°) d'enjoindre au préfet du Var, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

A titre subsidiaire :

3°) d'enjoindre au préfet du Var, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

A titre infiniment subsidiaire :

4°) d'enjoindre au préfet du Var, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et dans l'intervalle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser directement à Me Bazile, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur, en ce qu'il n'est pas apporté la preuve d'une délégation de signature régulière pour M. F, signataire de la décision attaquée ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet du Var n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de prendre sa décision ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle indique l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il s'agit de l'article L. 423-21 du même code ; le préfet du Var a commis une seconde erreur de droit en ajoutant une condition à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en exigeant que l'intéressé démontre une présence continue et ininterrompue en France, alors que seule une présence continue est nécessaire au regard des dispositions précitées ; la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a fait ses études en France, y a passé son permis de conduire, et y a été suivi médicalement ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a sa famille en France, il vit actuellement avec sa mère, sa sœur et ses deux frères, avant l'emménagement avec sa compagne ;

- il a une compagne et trois filles nées respectivement en 2018, 2020 et 2022 ; il n'a pas eu l'occasion de reconnaître sa dernière fille en raison du déménagement, mais il va le faire très prochainement ;

- il dispose de liens personnels et familiaux en France ; des attestations de ses proches justifiant de ces liens seront produites prochainement dans le cadre de la présente instance ;

- il n'habite pas avec sa compagne et leurs filles, faute de moyens financiers ; il a toujours contribué à l'entretien et à l'éducation de ses filles en envoyant de l'argent à la mère de ses enfants ; en outre, il va régulièrement chercher ses filles à l'école ;

- il ne travaille pas car il ne dispose pas d'un titre de séjour régulier lui permettant de le faire ; entre 2018 et 2019, période au cours de laquelle il disposait d'un titre de séjour, il a été en mesure de travailler ;

- toute sa famille proche est en France ; seul son père, avec qui il n'a eu que quelques contacts, à partir de l'âge de 12 ans, vit au Brésil ;

- il n'a pas vécu la majeure partie de sa vie au Brésil, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Var, mais en France.

En ce qui concerne la décision d'obligation à quitter le territoire français :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale pour les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision en date du 22 avril 2024 par laquelle le tribunal judicaire de Toulon a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B E.

Vu :

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :

- le rapport de M. Bailleux, rapporteur ;

- et les observations de Me Bazile, représentant M. B E, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H B E, ressortissant de nationalité brésilienne, né le 11 avril 1999 au Brésil, est entré en France le 24 octobre 2009 avec un visa long séjour de type D mention " regroupement familial " ayant expiré le 16 janvier 2010. Suite à un premier titre de séjour mention " liens personnels familiaux " valable du 26 mars 2018 au 25 mars 2019, M. B E a fait l'objet, en 2019, d'un refus du renouvellement de son titre de séjour et s'est maintenu sur le territoire français (en Guyane) en situation irrégulière. Il a sollicité, le 25 octobre 2022, la régularisation de sa situation en sollicitant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à titre principal sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre subsidiaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du même code. Par un arrêté du 20 février 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination au Brésil ou dans tout autre pays pour lequel il serait légalement admissible. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il est constant que la décision attaquée est signée par le secrétaire général de la préfecture du Var, M. Lucien Guidicelli, en date du 20 février 2024. L'arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, consultable sur Internet, qui apparaît aux visas de la décision en litige, dispose à son article 2 que : " Sans préjudice des dispositions de l'article 45 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 susvisé relatif aux compétences du secrétaire général de la préfecture en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, délégation de signature est donnée à M. Lucien Guidicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, à l'effet de signer : - tous actes, décisions, recours juridictionnels, saisines juridictionnelles notamment en matière de police des étrangers () ". Il ressort du recueil des actes administratifs de la préfecture du Var que cet arrêté du 21 août 2023 a fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n°156 du 21 août 2023. Ainsi qu'il ressort de ce qui précède, cette délégation de signature est suffisamment précise pour conférer la compétence à M. F, qui était donc compétent pour signer la décision en litige. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une incompétence de son auteur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

4. Premièrement, le requérant soutient que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de droit, l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant cité et non l'article L. 423-21 du même code. Toutefois, si l'arrêté attaqué indique en effet par erreur l'article L. 421-21 en lieu et place de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette erreur n'apparaît qu'une fois, alors que l'arrêté fait référence à plusieurs reprises à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont citées intégralement dans l'arrêté en litige, prouvant ainsi que le préfet du Var a fait application de ces dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur de droit, mais d'une simple erreur matérielle, qui ne saurait avoir une quelconque incidence sur sa légalité.

5. Deuxièmement, le requérant soutient que le préfet du Var a commis une seconde erreur de droit car il a apprécié la présence de l'intéressé sur le territoire français, et il a constaté que celle-ci n'était pas habituelle, continue et ininterrompue, alors que les dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisent que seule une résidence habituelle doit être démontrée. Le préfet a donc ajouté des conditions au texte de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, sur ce point, le préfet du Var a pu contrôler si la résidence en France de M. B E était habituelle, continue et ininterrompue, sans pour autant commettre une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Troisièmement, le préfet du Var, a indiqué dans l'arrêté en litige, que la présence continue de l'intéressé sur le territoire français n'était pas démontrée de 2015 à 2018 et de 2019 à 2022, et que les dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient ainsi pas remplies. Pour ces périodes mentionnées dans l'arrêté attaqué, l'intéressé produit le document attestant de la reconnaissance, le 2 mai 2018, de sa fille née à Kourou le 27 avril 2018, une facture d'auto-école établie en mars 2019 indiquant une adresse à Kourou, un autre document daté du 17 mars 2020 attestant de la reconnaissance de sa fille née à Kourou le 13 mars 2020, des attestations du centre hospitalier de Kourou émise en juin et juillet 2020 indiquant que M. B E a été hospitalisé pour suivre des soins dans cet hôpital, et enfin une attestation d'une amie de la famille, signée en juin 2021 indiquant héberger à Kourou le requérant. En outre, il produit à l'instance d'autres documents, comme une convocation pour la signature d'un document en mars 2018, puis la dispense de signature accordée le 19 avril 2018, la délivrance d'un certificat de scolarité le 29 juin 2017, une attestation de droits à la Couverture Médicale Universelle (CMU) en étant rattaché à sa mère pour la période du 4 janvier 2018 au 3 janvier 2019, et enfin une carte vitale adressée à une adresse à Kourou en août 2018. Toutefois, l'ensemble de ces documents n'est pas suffisant pour attester de la présence continue et habituelle du requérant sur le territoire français, en particulier pour les périodes de 2015 à 2018 et de 2019 à 2022. Enfin, si le requérant a indiqué qu'il produirait des pièces complémentaires au cours de l'instance, il n'a produit aucune pièce complémentaire concernant ces périodes de 2015 à 2018 et de 2019 à 2022. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Quatrièmement et dernièrement, le requérant soutient, dans ses dernières écritures, que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en date du 4 juin 2020 ne lui a jamais été notifiée. Toutefois, le requérant n'explique pas en quoi le fait que cette décision de refus de délivrance de titre de séjour du 4 juin 2020, qui ne constitue pas la base légale de la décision en litige, ne lui ait pas été notifiée pourrait avoir une incidence sur le refus de titre de séjour en litige daté du 20 février 2024.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". En outre, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. B E soutient d'abord qu'il habite avec sa mère et ses frère et sœurs à Toulon. Il produit à l'instance une attestation de sa mère qui atteste l'héberger depuis le mois de septembre 2022 à son domicile à Toulon, le titre de séjour détenu par cette dernière et valable jusqu'en 2033, les cartes d'identité de son frère, né en 2012 en France, de sa sœur née en France en 2005 et détenant la nationalité française depuis sa majorité, et enfin celle de son second frère né en France en 2007. Si le requérant allègue que les liens avec les membres de sa famille sont anciens, stables et de forte intensité, puisqu'il a vécu quasiment toute sa vie avec eux, il n'en apporte, par les pièces qu'il produit à l'instance, pas la preuve.

10. Il n'est pas contesté ensuite que la compagne du requérant est de nationalité brésilienne et dispose d'un visa de séjour temporaire, valable jusqu'au 22 janvier 2025, qui est produit à l'instance. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a eu avec sa compagne Mme A C deux filles, nées respectivement en 2018 et en 2020, qu'il a reconnues. Le requérant soutient également que de cette union est née une troisième fille, née en 2022, qu'il n'a pas pu reconnaître en raison de son déménagement en métropole avec sa famille, en 2022.

11. Le requérant soutient ensuite faire des virements bancaires sur le compte de Mme A C pour subvenir à ses besoins, ainsi qu'à ceux de leurs filles. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, les justificatifs de virements produits à l'instance ne sont pas exploitables aisément et ne permettent pas de justifier d'un soutien financier du requérant à sa compagne et à leurs enfants. En outre, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, sans être contesté, le requérant n'a pas de travail en France. En tout état de cause, à supposer même que le requérant subvienne financièrement aux besoins de sa compagne et de leurs enfants, cet élément serait sans incidence sur l'appréciation du respect de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet du Var faisant valoir, dans la décision attaquée, que le requérant habite à Toulon avec sa mère, alors que la compagne de celui-ci vit toujours en Guyane avec ses trois enfants.

12. Si le requérant poursuit en indiquant qu'il n'habitait pas avec sa compagne, faute de moyens financiers suffisants, d'une part en Guyane à partir de 2017 et d'autre part à Toulon depuis leur arrivée en 2022, il a indiqué toutefois avoir emménagé avec sa compagne récemment. Il produit à l'appui de ses allégations, un contrat de location signé par Mme A C avec Toulon Habitat Méditerranée pour un appartement situé rue Rouquerol à Toulon-Ouest. Toutefois, il ressort d'une part des termes de ce bail que celui-ci n'a pas été signé par M. B E et d'autre part qu'il a été signé le 4 avril 2024, soit à une date postérieure à la décision attaquée. Le requérant a également produit, à l'appui de ses dernières écritures, un certificat de scolarité, attestant de l'inscription de sa fille G B E, en classe de grande section de maternelle pour l'année 2023-2024 mais ce certificat est daté du 13 mai 2024. Le requérant a produit également à l'appui de ses dernières écritures, une facture Veolia, en date du 7 mai 2024, à son nom et à celui de sa compagne Mme A C B D et H pour un appartement à Toulon, ainsi qu'une facture d'un magasin de jouets à son nom mentionnant la même adresse que celle de sa compagne. Le requérant a également produit, à l'appui de son mémoire, des attestations de témoins, en l'espèce sa compagne, sa mère, son ancien beau-père qui habite à Kourou, sa sœur cadette, qui a la nationalité française, son beau-frère (le frère de sa compagne), et enfin une amie de la famille, qui habite à Kourou.

13. Le requérant soutient encore que l'intégralité de sa famille proche réside en France, et que si son père réside au Brésil, il entretient peu de contacts avec lui puisqu'il l'a rencontré la première fois, alors qu'il était âgé de 12 ans. En outre, il soutient aussi que ses grands parents résident au Brésil mais qu'il a entretenu peu de rapports avec eux, étant venu très tôt vivre en France. Le requérant n'établit ainsi pas être dépourvu de liens au Brésil. En outre et au demeurant, M. B E, sa compagne et leurs enfants sont toujours en mesure de reconstituer la cellule familiale au Brésil, s'ils le souhaitent.

14. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant n'établit pas que le préfet du Var, en prenant la décision de refus de délivrance du titre de séjour, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En quatrième et dernier lieu, l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Les dispositions du 1° de cet article ne prévoient la saisine obligatoire de la commission que lorsque l'étranger, auquel l'autorité préfectorale envisage de refuser un titre de séjour, remplit effectivement les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

16. Ainsi que vu précédemment, le requérant ne remplissant pas les conditions fixées par les dispositions des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", il ne peut utilement soutenir que le préfet du Var aurait dû consulter la commission du titre de séjour définie à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté comme étant inopérant.

17. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. B E à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision obligeant M. B E à quitter le territoire français :

18. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte sera écarté en adoptant les motifs retenus pour la décision de refus de délivrance du titre de séjour.

19. En deuxième lieu, la décision de refus de délivrance du titre de séjour n'ayant pas été jugée illégale dans la présente décision, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour sera écarté.

20. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant seront écartés en tenant compte de ce qui a été dit précédemment quant aux liens de M. B E avec sa famille proche en France, et en particulier avec sa compagne, et leurs enfants. En outre, cette situation ne fait pas obstacle à ce que M. B E revienne en France avec un visa long séjour pour rendre visite à sa famille.

21. Les moyens dirigés contre la décision obligeant M. B E à quitter le territoire français ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. Les conclusions à fin d'annulation de la requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction formulées par le requérant doivent être également rejetées.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. H B E et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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