mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400893 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ALE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars et 6 juin 2024, M. B A, représenté par Me Chaussade, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer le certificat de résidence sollicité dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable,
- l'arrêté a été signé par une personne incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure à l'aune de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans et que son état de santé nécessite une prise en charge médicale ;
- il est entaché d'erreur de droit à l'aune de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est présent sur le territoire depuis plus de dix ans et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il est intégré dans la société française et ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Le Gars a été entendu au cours de l'audience publique du 25 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, est entré le 30 juin 2001 sous couvert d'un visa court séjour et allègue y être demeuré depuis. Le 14 février 2023, M. B a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".
3. D'autre part, aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". En vertu de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que l'intéressé a régulièrement reçu notification de la décision. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire que le pli est à sa disposition au bureau de poste.
5. L'arrêté attaqué a été pris sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte l'indication de voies et délais de recours. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Var a adressé, le 7 décembre 2023, l'arrêté attaqué par lettre recommandée avec avis de réception à M. A à l'adresse, située à Fréjus, connue de l'administration pour avoir figuré sur la demande de titre de séjour de l'intéressé. Si sur l'avis de passage, la date de présentation de la lettre est couverte par l'étiquette adhésive sur laquelle la case " pli avisé et non réclamé " a été cochée, la fiche " détail de suivi du courrier " indique toutefois que l'envoi n'a pas pu être distribué lors de sa présentation le 8 décembre, qu'il a par suite été mis à disposition en bureau de poste et que le courrier n'a pas été retiré dans un délai de quinze jours courant à compter de cette mise à disposition. Enfin, si le requérant soutient qu'une copie de l'arrêté attaqué lui a été remise en main propre le 22 février 2024, cette allégation n'est pas de nature, à elle seule, à remettre en cause les mentions figurant sur l'enveloppe du courrier recommandé ainsi que sur la fiche de suivi postal.
6. Ainsi, la requête présentée par M. A tendant à l'annulation de cet acte n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 11 mars 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux qui lui était imparti à compter du 8 décembre 2023, date de vaine présentation du pli à son adresse connue de l'administration. En outre, l'introduction d'une demande d'aide juridictionnelle le 22 mai 2024, soit également après l'expiration du délai de recours contentieux, n'a pu avoir pour effet d'interrompre ce délai.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas recevable à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 5 décembre 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
V. VIVES
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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