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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400921

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400921

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, M. A D, représenté par Me Guilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté préfectoral contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation sur les documents produits afin de justifier de sa présence continue en France depuis dix ans ; par un jugement du tribunal administratif du 22 octobre 2018, passé en force de chose jugée, il a été jugé qu'il justifiait de sa présence effective sur le territoire national du second semestre 2012 jusqu'au jour où le tribunal a statué ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernabeu ;

- et les observations de Me Guilbert pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 15 juillet 1974 à El Goufi (Algérie), est entré en France le 15 juin 2001, muni d'un visa de court séjour valable du 18 avril 2001 au 17 octobre 2001. Il a sollicité sans succès un titre de séjour à deux reprises. Par un arrêté du 20 février 2024, le préfet du Var a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

3. Pour refuser de délivrer à M. D le certificat de résidence sollicité, le préfet du Var a retenu que l'intéressé, qui avait fait l'objet de deux précédents refus de titre de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire français en 2016 et 2018, ne rapportait pas la preuve de sa présence ininterrompue sur le territoire depuis 2012 et qu'il ne démontrait qu'une présence ponctuelle notamment en 2019 où les justificatifs étaient moins nombreux et à des dates rapprochées. Cependant, M. D produit, pour la période de juillet 2012 à février 2024, soit plus de dix ans avant le 20 février 2024, date de l'arrêté préfectoral contesté, de très nombreuses pièces, principalement des factures émises à son nom, des courriers de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, quelques bulletins de salaires en qualité d'ouvrier agricole, des déclarations de revenus ou avis d'imposition, des ordonnances médicales et des compte rendus d'examens médicaux, des notes d'honoraires d'avocat, ainsi qu'à partir d'avril 2018 jusqu'à février 2024, des relevés d'un opérateur téléphonique démontrant que des appels ont été régulièrement passés depuis sa ligne téléphonique à destination de l'Algérie. S'agissant de l'année 2019, le requérant produit, dans la présente instance, des pièces couvrant l'année entière, dont les relevés téléphoniques précités pour chacun des mois de l'année, ainsi que des factures d'opérateurs d'énergie, des attestations de remboursement de l'assurance maladie pour la période d'avril à juin, qui permettent d'établir sa présence tout au long de l'année. En sus de ces nombreuses pièces, le requérant verse au dossier diverses attestations qui témoignent de l'existence d'un entourage amical en France depuis de nombreuses années. Ces éléments suffisamment probants, nombreux, diversifiés et répartis sur l'ensemble de l'année civile pour chacune des années concernées, permettent d'établir la résidence habituelle de M. D sur le territoire français, dans le département du Var, depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté sans qu'il puisse lui être légalement opposé la circonstance qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement au cours de cette période. Par suite, il est fondé à soutenir que le préfet du Var a méconnu les stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. D est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour en litige. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". L'article L. 911-3 du même code dispose que : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

6. Il y a lieu, au regard du motif d'annulation retenu dans le présent jugement, d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à M. D un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de titre de séjour de M. D, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. D un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- M. B et M. C, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. B

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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