jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CAILLOUET-GANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, Mme F C épouse D, représentée par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre, sous astreinte, au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle disposait d'un visa de long séjour pour entrer sur le territoire national et justifie d'une vie commune avec son époux ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne pouvait être prononcée à l'encontre d'une personne qui remplissait les conditions légales pour obtenir de plein droit un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bernabeu ;
- et les observations de Me Caillouet-Ganet pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse D, ressortissante sénégalaise née le 11 novembre 1994 et entrée en France le 9 octobre 2022, a déposé le 22 février 2023 une première demande de titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 20 février 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 13 mai 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont ainsi devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° la communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'État civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de Français prévue à l'article L. 423-1 ne figure pas parmi les exceptions énumérées aux articles L. 412-2 et L. 412-3. Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Mme C produit son acte de mariage avec M. G D, célébré le 22 décembre 2018 à Dakar au Sénégal et transcrit dans les actes de l'État civil français le 30 mai 2022 ainsi que la photocopie du passeport de M. D qui démontre que celui-ci est toujours titulaire de la nationalité française à la date de l'arrêté contesté. Cependant, contrairement à ce qu'elle soutient, elle est entrée sur le territoire français le 9 octobre 2022, sous couvert d'un visa Schengen de type C, l'autorisant à se maintenir en France dans la limite de 90 jours, valable du 26 août 2022 au 25 août 2023, et non pas d'un visa de long séjour. Par suite, ainsi que l'a retenu le préfet du Var pour refuser la demande d'admission au séjour de Mme C, cette dernière ne remplissait pas la condition d'obtention d'un visa de long séjour requise par les dispositions combinées des articles L. 423-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, la situation de la requérante ne pouvait davantage relever des dispositions précitées de l'article L. 423-2 du même code dès lors que le mariage n'avait pas été célébré en France. Il en résulte que la décision de refus de séjour litigieuse n'est ni entachée d'erreur de fait ni d'erreur de droit.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si Mme C soutient que l'arrêté litigieux porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale à raison de son mariage avec M. D, les pièces versées au dossier, notamment un avis d'imposition au titre de l'année 2022, le témoignage d'un proche relevant la pérennité du couple depuis 2018, une attestation de droits à l'assurance maladie au seul nom de Mme C, une attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales du Var datée de février 2024 au titre du mois de janvier 2024 établi aux noms des époux, ainsi qu'une attestation d'hébergement de Mme A indiquant que Mme C était hébergée à son domicile depuis août 2023, sans faire mention de son époux, ne permettent pas d'établir l'effectivité d'une vie commune depuis l'arrivée de la requérante sur le territoire national, ni même antérieurement au Sénégal. De plus, l'intéressée, qui a vécu la majeure partie de sa vie au Sénégal, n'établit pas être désormais dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie. Enfin, elle ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, et en dépit de son mariage avec un ressortissant français, l'arrêté litigieux n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, doit également être écarté le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Cependant, ainsi qu'il a été exposé précédemment, Mme C ne remplit pas, à la date de la décision contestée, les conditions posées par les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423- 2 de ce code pour se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, le préfet a pu, sans erreur de droit, prononcer la mesure d'éloignement contestée.
8. En second lieu, si la requérante soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, de tels moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de la requérante, en particulier le fait que celle-ci n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C épouse D, au préfet du Var et à Me Caillouet-Ganet.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. B et M. E, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,
Signé
F. BLa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026