jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400973 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | IM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mars 2024 et le 30 aout 2024, M. C D, représenté par Me FREICHET, demande au tribunal d'ordonner une expertise, au contradictoire du syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins d'évaluer les préjudices de Monsieur D qui sont directement imputables à sa pathologie en lien avec le service.
M. D soutient que :
- sa pathologie a été reconnue imputable au service et il a été placé en congé d'invalidité temporaire imputable au service à compter du 22 septembre 2023 ;
- l'expertise est utile car elle permettra d'évaluer les préjudices de M. D, qui a sollicité une indemnisation de la part de son employeur le syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers, qui sont directement imputables à sa pathologie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers, représenté par Me Parisi, conclut, à titre principal au rejet de la requête, subsidiairement à la modification des missions demandées à l'expert et à ce que les dépens soient mis à la charge de M. D, en tout état de cause à la condamnation de M. D à la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers soutient que :
- la mesure d'expertise sollicitée est inutile car le lien entre la pathologie et le service n'est pas démontré ;
- il convient subsidiairement de préciser les missions de l'expert.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.
3. S'il résulte de l'article R. 625-1 du code de justice administrative qu'il peut être fait application des dispositions de l'article R. 532-1 du même code, alors même qu'une requête au fond est en cours d'instruction, il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure demandée sur ce fondement.
4. Il résulte de l'instruction qu'une instance au fond a été engagée parallèlement par M. D devant le tribunal administratif de Toulon.
5. La demande d'expertise présentée par M. D, aux fins d'évaluer les préjudices de l'intéressé qui sont directement imputables à sa pathologie, présente un caractère utile, sous réserve qu'elle soit imputable au service, dès lors que M. D recherche la responsabilité de son employeur, le syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers, qu'il est atteint de graves pathologies en relation avec le service selon certaines instances médicales, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.
6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance, laquelle désignera la partie qui les supportera.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des parties une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur A B, demeurant HIA Sainte-Anne, BP 20545, à Toulon (83041) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) Se faire communiquer et prendre connaissance de tous documents, administratifs ou médicaux relatifs à l'état de santé de M. D et utiles à l'évaluation des divers préjudices résultant des pathologies dont il est atteint ;
2°) Entendre contradictoirement les parties, leurs conseils convoqués et entendus ;
3°) Décrire l'état de santé de M. D antérieur à ses arrêts de travail du printemps 2018 et son état de santé postérieur ; lister les pathologies de l'agent, leur date d'apparition, leur taux d'incapacité et préciser si celles-ci ont pu être contractées ou aggravées en service, au regard des missions confiées à l'agent ; fixer la date de consolidation de son état physique ;
4°) Apprécier l'ensemble des préjudices liés aux pathologies en lien avec le service en se prononçant sur le taux et la durée du déficit fonctionnel temporaire, du déficit fonctionnel permanent, sur les souffrances endurées, sur le préjudice d'agrément, et notamment une atteinte aux conditions d'existence dans la vie quotidienne, en précisant la difficulté ou l'impossibilité de l'intéressé de continuer à s'adonner aux sports et activités de loisirs, et d'une manière générale, sur tous les chefs de préjudice particuliers dont M. D pourrait faire état au cours des opérations d'expertise ;
5°) Donner au tribunal tout autre élément d'information qu'il estimera utile.
L'expert pourra, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira ses missions dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. D, des services du syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera ses rapports au greffe en deux exemplaires dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, au syndicat intercommunal varois d'aide aux achats divers, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et au docteur B, expert.
Fait à Toulon, le 5 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
JF. SAUTON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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