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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400997

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400997

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me Lagier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où il envisage de se marier avec la femme qu'il fréquente depuis plus d'un an :

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Toulon a désigné M. Martin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux articles L. 776-1 et L. 776-2, R. 776-1 à R. 776-34 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin a été entendu lors de l'audience publique du 2 avril 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 1er décembre 1983, déclare être entré en France en septembre 2022 en possession d'un visa Schengen valable du 10 juillet 2022 au 22 octobre 2022 et de son passeport marocain valable jusqu'au 28 mars 2027. A la suite, d'un contrôle de police, par un arrêté du 26 mars 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Var l'a également assigné à résidence dans le département du Var pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ( ) "

3. L'arrêté attaqué vise notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Celui-ci mentionne également des éléments biographiques et la situation personnelle, familiale et administrative de M. A. L'arrêté attaqué contient ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Le requérant, dont il est constant qu'il n'a pas demandé le bénéfice du séjour depuis son arrivée sur le sol français, fait valoir, d'une part, avoir suivi des formations et travailler régulièrement en France et, d'autre part, envisager de se marier avec sa compagne qu'il fréquente depuis plus d'un an. Toutefois, les éléments ainsi allégués ne sont pas établis. En outre, le requérant, âgé de quarante ans, sans enfant, ne justifie pas de ses conditions de séjour sur le territoire français. Il ne justifie pas davantage être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses trente-huit ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ni commis d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

7. Pour les mêmes raisons que celles développées au point 5 du présent jugement, M. A, dont la décision attaquée relève qu'il a indiqué, lors de son audition, souhaiter se maintenir sur le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

8. Il résulte de l'ensemble de qui précède qu'il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de la requête de M. A, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. Martin

La greffière,

Signé

C. Picard

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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