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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401064

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401064

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2024, M. B C, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

2°) ou à titre subsidiaire, d'une part, d'annuler l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour prises à son encontre citées ci-dessus et, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Var de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour du territoire français :

- la mesure d'éloignement ne pouvait pas être adoptée dans la mesure où il devait bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions précitées ; de même, il ne pouvait faire l'objet d'une interdiction de retour d'un an ;

- le préfet du Var a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 4 mars 2024, M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernabeu ;

- et les observations de Me Lebreton pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 10 janvier 2005 à Sousse (Tunisie), qui déclare être entré sur le territoire français le 13 octobre 2021, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du Var le même jour par une ordonnance de placement provisoire du tribunal judiciaire de Toulon, lequel a été renouvelé par un jugement en assistance éducative rendu le 5 avril 2022 jusqu'à sa majorité. Par l'arrêté attaqué du 5 décembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen propre au refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 13 octobre 2021. Il a conclu, en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de coiffure au centre de formation des apprentis (CFA) de La Seyne-sur-Mer, un contrat d'apprentissage avec la société Amir Coiffure située dans la même commune pour la période du 16 décembre 2021 au 27 août 2023. Si le rapport d'insertion établi par la structure d'accueil est positif selon les mentions mêmes de l'arrêté préfectoral contesté, le préfet du Var a relevé, sans être contesté, que le requérant avait obtenu, au cours du premier semestre, une moyenne de 6,33/20 dans les matières générales et de 3,86/20 dans les matières professionnelles, avec un total de 43 heures 30 d'absences non justifiées. L'équipe pédagogique a attribué au requérant une note de 1/3 pour le comportement et de 0/3 pour l'investissement, relevant à cet égard " des absences et un manque d'investissement qui compromettent [ses] chances pour l'examen ". L'étude du relevé de notes du second semestre apparaît plus alarmante, avec une moyenne de 3,5/20 pour les matières professionnelles et un total de 120 heures d'absence injustifiées. Si M. C affirme que ces absences injustifiées sont dues à son employeur qui le retenait en entreprise, il n'apporte aucun élément à ce titre et une telle circonstance n'est pas de nature à expliquer à elle seule ses mauvais résultats scolaires. Par ailleurs, si le requérant a décidé de poursuivre ses études dans un secteur d'activité différent, il ressort cependant du relevé de notes produit par le requérant, qui s'est réorienté en CAP cuisine en apprentissage auprès de la société BBQ House depuis le 1er septembre 2023, que les résultats du premier semestre de l'année scolaire 2023-2024, qui aboutissent certes à une moyenne générale de 11,50/20, ne sont pas significatifs en raison de ses absences, ainsi que le relève le conseil de classe dans son appréciation générale. Dans le même bulletin, plusieurs professeurs mentionnent des appréciations telles que : " Travail trop superficiel ", " Des résultats insuffisants par manque de travail et d'implication ", " Trop d'absences pour un évaluation objective ", " Une seule note de participation en raison de vos absences ", " Non évalué du fait de vos absences " ou un " Apprenti pas régulier, que ce soit au niveau du sérieux qu'au niveau du travail ". Par suite, en estimant que les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies, au motif en particulier de l'absence de caractère réel et sérieux du suivi de ses études par M. C, le préfet du Var n'a pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation le refus de délivrance de titre de séjour qu'il lui a opposé sur le fondement des dispositions précitées.

5. Par conséquent, les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français et à l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Cependant, M. C ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la mesure d'éloignement, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elles ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. En tout état de cause, ainsi qu'il a été exposé précédemment, le requérant ne remplit pas les conditions posées par les dispositions de cet article pour se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, le préfet a pu, sans erreur de droit, prononcer la mesure d'éloignement contestée.

7. En deuxième lieu, si M. C fait valoir que " de même il ne pouvait faire l'objet d'une interdiction de retour d'un an ", un tel moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier la portée ni le bien-fondé.

8. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, un tel moyen doit être écarté comme non assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer que l'intéressé ait entendu se prévaloir des études qu'il effectue en France, il ressort cependant des motifs énoncés au point 4 une absence de caractère réel et sérieux du suivi de ses études par M. C. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne saurait être accueilli.

9. Il s'ensuit que les conclusions de M. C dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

10. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant au remboursement des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Lebreton et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- M. A et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. A

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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