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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401074

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401074

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 avril 2024 et 18 juin 2024, M. B A, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 février 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de renouveler sa carte pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est demandé à l'administration de justifier de l'arrêté de désignation des membres de la commission du titre de séjour, qui s'est prononcée sur son cas, en application de l'article R. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'est pas en mesure de justifier de la bonne convocation de ses membres et de l'envoi de la lettre prévue à l'article R. 432-10 du même code ; il est impossible de savoir quels documents ont pu être annexés à cette lettre ; une telle irrégularité est de nature à le priver d'une garantie ;

- l'administration ne justifie pas de l'identité et de la qualité des membres, titulaires ou suppléants, siégeant à la commission afin de pouvoir s'assurer de leur impartialité ; il est permis de s'interroger de l'impartialité de l'un des membres, qui est fonctionnaire de la préfecture du Var, et de ce fait placé sous l'autorité du préfet de ce département ;

- il n'est pas possible de connaître les sources utilisées par le préfet pour déterminer les antécédents judiciaires du requérant - certaines sources étant d'ailleurs sujettes à des règles de procédure spécifiques - et donc de s'assurer de l'exactitude des informations énoncées dans l'arrêté ; il est précisé que le bulletin n° 3 de son casier judiciaire est vierge ; la commission du titre de séjour a rendu son avis sur des informations qui sont impossibles à vérifier ;

- son comportement n'est pas constitutif d'une menace actuelle et avérée à l'ordre public ;

- il dispose de toutes ses attaches familiales en France où il vit depuis l'âge de neuf ans ;

- les dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, créé par la loi du 26 janvier 2024, font obstacle à ce que le requérant puisse revenir sur le territoire français sous couvert d'un visa d'aucune sorte, alors même que sa présence en France se justifie le temps de son procès au regard des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernabeu,

- et les observations de Me Bochnakian pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 13 août 1961 à Tunis, est entré en France le 28 octobre 1970 à l'âge de neuf ans et soutient s'y maintenir continuellement depuis. Il a sollicité, le 20 juin 2023, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle au titre de la vie privée et familiale, valable jusqu'au 25 juin 2023. Par un arrêté du 29 février 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident () ". Aux termes de l'article L. 432-13 de ce code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Aux termes de l'article L. 432-14 du même code : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci () ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet (). Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet () ". Aux termes de l'article R. 432-6 dudit code : " Le préfet () met en place la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 par un arrêté : /1° Constatant la désignation des élus locaux mentionnés au 1° du même article ; / 2° Désignant les personnalités qualifiées mentionnées au 2° du même article ; / 3° Désignant le président de la commission ". Aux termes de l'article R. 432-7 du code précité : " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet () / La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article R. 432-10 : " Le président fixe la date des réunions de la commission du titre de séjour. Les membres de celle-ci sont avisés de cette date et de l'ordre du jour au moins quinze jours à l'avance par une lettre à laquelle sont annexés les documents mentionnés à l'article R. 432-7 ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Ainsi que le soutient M. A, si le préfet du Var a produit l'arrêté du 5 octobre 2023 fixant la composition de la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article R. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément permettant d'identifier les membres de la commission qui étaient présents pour statuer le 20 février 2024 sur le cas du requérant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le secrétariat de la commission du titre de séjour aurait adressé une convocation au moins quinze jours à l'avance aux membres de la commission pour les aviser de la date de sa réunion et qu'ils auraient disposé des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, dont l'autorité préfectorale ne précise pas la teneur, et qui auraient été pris en compte par les membres de la commission pour se prononcer notamment sur la menace à l'ordre public que représenterait la présence du requérant sur le territoire national. Cette méconnaissance des exigences fixées par les dispositions combinées des articles R. 432-7 et R. 432-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a privé M. A d'une garantie et a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise par le préfet.

5. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que M. A est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique uniquement que la demande de M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Var de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. A.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 février 2024 du préfet du Var est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. CROS

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

Le greffier.00

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