lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | OLOUMI HMAD AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril et 7 juin 2024, Mme D C, représentée par Oloumi avocats et associés, agissant par Me Oloumi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer son droit au séjour et, dans l'attente, de lui remettre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les huit jours de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Var une somme de 2 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas d'absence ou de retrait du bénéfice de l'aide juridictionnelle, à la requérante.
Elle soutient que :
- l'arrêté préfectoral est entaché d'incompétence ;
- les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle entend se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, en ce que l'implication et le sérieux dans la scolarisation, l'excellence des bulletins de notes et des attestations élogieuses de professeurs permettent d'apprécier l'intégration d'un étranger et de caractériser l'existence de circonstances exceptionnelles et humanitaires justifiant une admission au séjour ;
- les décisions litigieuses emportent des conséquences disproportionnées quant à son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa famille est exposée à des risques de mauvais traitements au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Arménie.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 :
- le rapport de Mme Bernabeu ;
- et les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, pour Mme C.
Une note en délibéré, enregistrée le 17 juin 2024, a été présentée pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante arménienne née le 20 décembre 2004 et entrée en France le 18 novembre 2019, a déposé le 13 octobre 2022 une première demande de titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, alors âgée de quatorze ans, est entrée en France le 29 novembre 2019, en compagnie de son frère et de ses parents, sous couvert d'un visa touristique Schengen, valable jusqu'au 5 décembre 2019, délivré par les autorités italiennes et qu'elle s'y est maintenue continuellement depuis lors. Si elle n'a pas obtenu la qualité de réfugié ni d'ailleurs ses parents, plusieurs membres de sa famille en disposent toutefois, en particulier son grand-père paternel chez lequel elle réside et son oncle paternel, qui la prend en charge financièrement. Depuis son arrivée en France, Mme C a suivi une scolarité assidue d'abord, au collège La Marquisanne à Toulon en classe de 3ème à l'issue de laquelle elle a obtenu le brevet des collèges avec la mention " Assez bien ", et, depuis l'année scolaire 2021-2022, au Lycée d'enseignement général Dumont d'Urville à Toulon où elle est actuellement scolarisée en classe de terminale. A cet égard, il convient de relever que les bulletins scolaires de l'intéressée et les très nombreuses attestations circonstanciées de membres du corps enseignant, qu'elle produit, témoignent du sérieux ainsi que du comportement exemplaire de Mme C. Dans son bilan scolaire de classe de 3ème, la principale du collège décrit ainsi " une élève exemplaire : sérieuse, appliquée, intéressée " qui " a su s'adapter au système scolaire français de manière optimale et a très vite réalisé de spectaculaires progrès à l'écrit comme à l'oral, grâce à un travail personnel consciencieux et compétent et une attitude modèle en classe ". La requérante a également obtenu son Diplôme d'études en langue française (DELF) niveau A2 avec mention " Très bien " et une moyenne de 17/20 dès sa première année d'étude du français. Dans son bilan scolaire de seconde générale, le proviseur de son lycée souligne que Mme C est " Une élève volontaire et méritante, elle a fait montre d'une réelle détermination à se donner les moyens de progresser en suivant les cours de français en langue étrangère. Ses résultats scolaires ont été en progression constante, son attitude et la qualité de son travail sont indéniables ". En classe de terminale, sa professeure principale relève que l'intéressée " s'est révélée être une des meilleurs élèves de sa classe ; avec en philosophie une moyenne de 15.33/20, révélant ainsi une réelle implication en cours et une curiosité intellectuelle manifeste ". Diverses attestations soulignent également de manière unanime ses qualités humaines et sa parfaite intégration au sein de sa classe et indiquent que l'intéressée a développé un projet professionnel bien défini qui se concrétisera en poursuivant d'abord des études universitaires en sciences. Dans ces conditions, alors même que ses parents résident en France de manière irrégulière, le préfet du Var a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que Mme C, qui fait preuve d'une intégration remarquable, ne justifiait pas de motifs exceptionnels permettant son admission au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision de refus de séjour contestée du 28 novembre 2023 doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent être également annulées les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, lesquelles sont privées de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Della Monaca, peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Della Monaca, avocate de Mme C, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Della Monaca renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Della Monaca et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. A et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,
Signé
F. A
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026