jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 avril et 24 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Lagardere, demande au tribunal : 1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ; 2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ; 3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou de procéder à l'examen d'une demande de titre de séjour et au réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ; 4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocate, Me Lagardere, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il soutient que : - la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour qui en constitue le fondement ; - elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; - la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ; - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés. Le 3 septembre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - l'accord franco-marocain signé le 9 octobre 1987, en matière de séjour et d'emploi ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les observations de Me Lagardere, représentant M. A. Considérant ce qui suit : 1. M. B A, ressortissant marocain né le 12 juillet 1981, est entré en France le 30 novembre 2020, selon ses allégations. Le 19 janvier 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 6 mars 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle : 2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". 3. Par une décision du 3 septembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de lui accorder le bénéfice d'une admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Sur les conclusions aux fins d'annulation : En ce qui concerne le refus de séjour : 4. En premier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. 5. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. 6. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Var pouvait légalement, après avoir constaté que M. A ne remplissait pas les conditions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, faire usage de son pouvoir discrétionnaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté. 7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". 8. A l'appui de sa requête, M. A produit notamment un contrat de bail, signé le 1er septembre 2022 pour une durée d'un an, un justificatif de domicile à compter du 23 septembre 2023, un contrat de travail à durée indéterminée de chantier signé le 5 mars 2024, ainsi que trois bulletins de salaire. Toutefois, ces pièces permettent d'établir, à la date de l'arrêté, une ancienneté de séjour en France de seulement un an et six mois. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'épouse de M. A, ses deux enfants, comme ses parents et frères et sœurs résident au Maroc. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté. En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français : 9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait, par voie de conséquence, être annulée ne peut qu'être écarté. 10. En deuxième lieu, l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français () ". Aux termes de l'article R. 621-5 du même code : " L'autorité administrative désignée à l'article R. 621-1 peut, en application des dispositions de l'article L. 621-4, prendre une décision de remise à l'encontre de l'étranger titulaire du statut de résident de longue durée - UE accordé par un autre Etat, dans les cas suivants : / 1° L'étranger a séjourné sur le territoire français plus de trois mois consécutifs sans se conformer aux dispositions de l'article L. 426-11 ; / 2° L'étranger fait l'objet d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle en application de l'article L. 426-11 ou du retrait d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle délivrée en application du même article. " 11. Lorsqu'un étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat. 12. En l'espèce, M. A soutient que le préfet du Var était tenu de privilégier la procédure de remise et de saisir les autorités italiennes. Toutefois, quand bien même l'intéressé serait titulaire d'une " carte d'identité " italienne, document qui n'est pas un titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait détenteur d'un titre de résident de longue durée délivré par ce pays. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation, au regard des dispositions précitées, doit être écarté comme inopérant. 13. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement. 14. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté. En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français : 15. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an mentionne qu'au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas porté, dans les circonstances propres au cas d'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par le préfet du Var, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code, est suffisamment motivée. 16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-9 du même code : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti. " 17. M. A soutient qu'il est en droit de bénéficier de ces dispositions dès lors qu'il ne trouble pas l'ordre public et que son éloignement est essentiellement motivé par les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français. Toutefois, les titres de séjour délivrés en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 du code précité concernent les étrangers victimes de traite des êtres humains, de proxénétisme ou engagés dans un parcours de sortie de la prostitution. Or, M. A n'allègue pas avoir été le détenteur d'un de ces titres de séjour délivrés pour des motifs humanitaires. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté comme inopérant. 18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées. D É C I D E :Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 240116
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