mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401164 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | LAGARDERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024 et un mémoire enregistré le 6 mai 2024 M. A B, représenté par Me Lagardere, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours à destination de son pays d'origine ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, ou toute autre autorité compétente, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil qui renoncera à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative ;
4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
La décision portant refus de séjour :
-est entachée d'une incompétence ;
-est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
-méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
-est entachée d'incompétence ;
-est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal statue sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Lagardere, représentant M. B.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 9 mars 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et a obligé M. B, ressortissant syrien né en 1979, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le prononcé, par l'autorité administrative, à l'encontre d'un ressortissant étranger, d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de cet article n'est pas subordonné à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. Ainsi, lorsque l'étranger s'est borné à demander l'asile, sans présenter de demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement, il appartient au préfet, après avoir vérifié que l'étranger ne pourrait pas prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour, de tirer les conséquences du rejet de sa demande d'asile par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmé le cas échéant par la Cour nationale du droit d'asile, sans avoir à statuer explicitement sur le droit au séjour de l'étranger en France. Lorsque le préfet fait néanmoins précéder, dans le dispositif de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, un article indiquant le rejet de la demande d'admission au séjour de l'étranger au titre de l'asile, cette mesure, qui ne revêt aucun caractère décisoire, est superfétatoire.
5. En l'espèce, même s'il mentionne, à son article 1er, que " La demande de délivrance de titre de séjour de M. A I B est rejetée ", l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait présenté une demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement que l'asile auprès du préfet des Alpes-Maritimes. Ainsi, cette mesure étant superfétatoire, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions et les moyens de la requérante dirigés contre le dispositif de l'article 1er de l'arrêté attaqué doivent être rejetées comme inopérants et irrecevables.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'incompétence :
6. L'arrêté attaqué du 9 mars 2024 a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme D H, adjointe au chef du bureau de la sécurité et de l'ordre public. Par un arrêté n°2023-793 du 10 octobre 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 241-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme H a reçu délégation de signature, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, Mme E et M. C, ou durant les permanences organisées le week-end et les jours fériés, à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions relevant du domaine de compétence du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté du 9 mars 2024 doit être écarté come infondé
S'agissant de l'insuffisance de motivation :
7.. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
8. L'arrêté contesté outre les considérations de droit expose les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B qui ont conduit à refuser son admission au séjour au titre de l'asile et à l'obliger à quitter le territoire français en faisant référence notamment à son entrée récente et irrégulière sur le sol français, au rejet de sa demande d'asile déposée le 6 septembre 2022, à sa situation d'homme marié et de père de famille et au fait qu'il a conservé toutes ses attaches familiales s et personnelles dans son pays d'origine, la Syrie. Cet arrêté comporte ainsi de manière suffisamment précise, circonstanciée et non stéréotypée, l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français et satisfait donc aux exigences de motivation résultant de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen invoqué doit être écarté.
S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation :
9. Selon l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () ". L'article L.531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " () 3°) En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L.531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ". Selon l'article L.542-1 " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L.532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci ".
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment, du relevé d'information " Telemofpra " produit par le préfet des Alpes-Maritimes que M. B a sollicité une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 18 septembre 2023, notifiée le 22 septembre 2023 pour irrecevabilité " ADC " (absence de craintes), décision confirmée par la Cour nationale de droit d'asile (CNDA) par une ordonnance du 20 décembre 2023, notifié le 4 janvier 2024 pour irrecevabilité " absence d'éléments sérieux ". Il résulte des dispositions combinées du b) du 1° de l'article L. 542-2, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en l'absence d'éléments nouveaux depuis la décision de la CNDA pouvant remettre en cause sa décision, qu'à la date de l'arrêté attaqué, le préfet pouvait prendre à l'encontre de M. B, qui n'avait plus droit au maintien sur le territoire, une mesure d'éloignement.
11. Si l'intéressé fait valoir qu'il avait formé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, il ressort des pièces du dossier que cette demande n'a pas été présentée au préfet des Alpes-Maritimes, mais, ainsi qu'il reconnaît lui-même auprès du préfet du Var. Ainsi le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas pu statuer sur une demande dont il n'était pas saisi. En toute hypothèse, M. B ne produit aucune pièce de nature à établir que son état de santé pouvait faire obstacle à une mesure d'éloignement. Dès lors le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme infondé.
S'agissant du moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
12. En vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " .
13. M. B se prévaut d'un risque de mauvais traitement en cas de retour en Syrie en raison, selon ses déclarations, des menaces et du harcèlement qu'il aurait subis de la part des forces armées syriennes en raison de ses opinions politiques et de son refus de participer au conflit. Toutefois, une décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de fixer le pays de destination, lequel est déterminé par une décision distincte. Par suite, le moyen invoqué est inopérant. En toute hypothèse, M.B ne produit aucune pièce nouvelle qui n'aurait pas déjà été examinée par l'OFPRA et la CNDA de nature à justifier des risques allégués.
En ce qui concerne le moyen tiré des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle :
14. Si M. B soutient que l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français va entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle, il n'apporte aucune pièce de nature à établir ses allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'erreur de droit :
15. Ce moyen n'est assorti d'aucune précision. Au demeurant il résulte de qui a été dit au point 10 que compte tenu de la situation de M. B, le préfet des Alpes-Maritimes pouvait sans commettre d'erreur de droit décider de l' obliger à quitter le territoire français. Le moyen invoqué doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE
Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lagardère et au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
La présidente rapporteure,
M. FLa greffière,
I. REZOUG
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026