vendredi 28 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401250 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, la société par actions simplifiée SOVALIM IDF, représentée par Me Lubac, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le maire de la commune de Cogolin a retiré l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel il avait accordé à cette société un permis de construire en vue de la réalisation de deux bâtiments à usage d'habitation collective comprenant 39 logements sociaux et de trois villas individuelles, et a refusé ledit permis de construire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Cogolin la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été édicté par une autorité incompétente ;
- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire régulière ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions des articles A1 et A2 du plan local d'urbanisme de la commune de Cogolin ;
- il est illégal en raison de l'illégalité du classement des parcelles section AS n° 15 et 138 en zone agricole par le plan local d'urbanisme précité.
Par courrier du 14 juin 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la commune de Cogolin a été informée de la date à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a été mise en demeure de produire ses observations dans un délai d'un mois, et qu'à défaut de production dans ce délai, l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1.
Par une ordonnance du 10 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée à effet immédiat.
Par un courrier du 11 décembre 2024, pris en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la commune a été invitée à produit des pièces en vue de compléter l'instruction.
La pièce demandée a été produite par la commune de Cogolin, enregistrée le 11 décembre 2024, et communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- les observations de Me Bas, substituant Me Lubac, représentant la société requérante,
- la commune n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 28 novembre 2023, le maire de la commune de Cogolin a délivré
à la société par actions simplifiée SOVALIM IDF un permis de construire en vue de la réalisation de deux bâtiments à usage d'habitation collective comprenant 39 logements sociaux et de trois villas individuelles sur les parcelles cadastrées section AS nos 13, 138, 140 et 15. Le 15 février 2024, le préfet du Var a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par arrêté
du 28 février 2024, le maire de la commune de Cogolin a procédé au retrait de cet arrêté et a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par sa requête, la société SOVALIM IDF demande
au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020/595 du 6 juillet 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune de Cogolin le 1er juillet 2020 et transmis à la préfecture le 7 juillet suivant, le maire de la commune de Cogolin a donné à M. B A, adjoint au maire et délégué à l'urbanisme, délégation pour signer tous actes, arrêtés et décisions en cette matière, et notamment pour la délivrance des autorisations d'urbanisme et d'aménagement. Ainsi, l'arrêté du 28 février 2024 portant retrait et refus de permis de construire, signé par M. A, a été pris par une autorité compétente. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme :
" La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et
dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Selon l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont
le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :
() / 4° Retirent () une décision créatrice de droits () ".
4. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Les dispositions précitées font également obligation à l'autorité administrative de faire droit, en principe, aux demandes d'audition formées par les personnes intéressées en vue de présenter des observations orales, alors même qu'elles auraient déjà présenté des observations écrites. Ce n'est que dans le cas où une telle demande revêtirait un caractère abusif qu'elle peut être écartée.
5. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis de construire que l'autorité administrative entend rapporter. Eu égard à la nature et aux effets d'un tel retrait, le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme oblige l'autorité administrative à mettre en œuvre la procédure contradictoire préalable à cette décision de retrait de manière à éviter que le bénéficiaire du permis ne soit privé de cette garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 21 février 2024, la commune de Cogolin a informé la société SOVALIM IDF, qui en a accusé réception le jour-même, de son intention de retirer l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le maire lui avait délivré un permis de construire en raison de ce que son projet aboutissait à la construction d'une aire de stationnement et ses voies d'accès qui, étant situées en zone Ap, méconnaissent les dispositions de l'article A1 du plan local d'urbanisme, en l'informant de ce qu'elle disposait d'un délai de cinq jours, soit jusqu'au 26 février 2024, pour présenter des observations. Il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que, par un courriel du 21 février 2024, la société en a accusé réception, mais a également présenté quelques observations tenant à ce que seule la voirie se situait en zone Ap et que cette dernière ne pouvait être qualifiée de construction au sens de l'article A1 du plan local d'urbanisme. Dans les circonstances de l'espèce, au regard du seul motif justifiant le retrait et de ces observations présentées par la société SOVALIM, le délai de cinq jours peut être regardé comme suffisant. Si la société requérante soutient qu'elle aurait souhaité présenter des observations orales, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle en ait fait la demande. Dans ces conditions, alors que la décision attaquée n'a été prise que le 28 février suivant, soit au-delà du délai accordé, la procédure contradictoire suivie n'est pas irrégulière. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article A 1 du plan local d'urbanisme de la commune de Cogolin : " Toutes les occupations et utilisations du sol non mentionnées à l'article 2 sont interdites ". Aux termes de l'article A 2 de ce plan : " Seules peuvent être autorisées les occupations et utilisations du sol ci-après selon l'une des conditions particulières suivantes : () / - les ouvrages et équipements publics ou nécessaires aux services publics. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la réalisation des constructions à usage d'habitation, collective et individuelle, dans la partie sud du terrain d'assiette, en zone UGb, et la réalisation de l'aire de stationnement et de sa voirie au nord de ces constructions, en zone Ap, dans sa limite sud avec la zone UGb. Si la société pétitionnaire soutient que la réalisation du parc de stationnement concourt à l'intérêt public dès lors que le projet concerne la réalisation de logements sociaux, une telle réalisation n'est pas de nature à caractériser un ouvrage et équipement public ou nécessaire au service public. Dans ces conditions, et à défaut de disposition contraire dans le plan local d'urbanisme de la commune de Cogolin, la circonstance que l'aire de stationnement et la voirie y attenante soient affectées à de tels logements n'est pas de nature à relever de l'exception de l'article A2 du plan local d'urbanisme au principe d'inconstructibilité posé à l'article A1 de ce plan. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
10. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
11. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
12. Si les parcelles cadastrées section AS nos 15 et 38, dont le classement est contesté par la société requérante, se situent en limite est, sans être comprises dedans, du triangle urbain de la commune de Cogolin qui caractérise le nouveau centre-ville pensé comme un renouvellement urbain, il ressort des données librement accessibles, notamment de Géoportail, que ces parcelles sont bordées à l'est par de vastes parcelles agricoles, et au nord, par la Giscle, qui délimite le territoire de la commune de Cogolin avec celle de Grimaud, avant de déboucher sur de larges parcelles agricoles. Si la société requérante soutient que ces parcelles ne présentent pas de potentiel agricole, elle ne le démontre pas, alors qu'il ressort d'une photographie de prise aérienne en juin 2023 librement accessible sur Géoportail, que ces parcelles étaient encore cultivées. Dans ces conditions, et alors que la circonstance qu'elles soient desservies par les réseaux et voiries est sans incidence sur le classement en zone agricole, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est illégal à raison de l'illégalité du classement en zone agricole des parcelles cadastrées section AS n° 15 et 138. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société SOVALIM IDF doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société SOVALIM IDF est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée SOVALIM IDF et à la commune de Cogolin.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.
La rapporteure,
signé
K. Martin
Le président,
signé
J.-F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026