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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401253

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401253

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024 et régularisée le 29 avril 2024,

M. A B, représenté par Me Dridi, demande au tribunal : 1°) de déclarer la requête recevable ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros qui sera versée à son conseil, Me Dridi, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les droits de la défense au regard de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union Européenne du 15 septembre 2022 à propos des stipulations de l'article 8 paragraphe 2 de la directive n°2016/343.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal statue sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Mme C a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 avril 2024, le préfet du Var a obligé M. A B, ressortissant tunisien né en 1995, à quitter le territoire sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Il est constant que M. B est entré irrégulièrement en France, démuni de tout visa, qu'il s'y est maintenu sans titre de séjour. Il se trouvait ainsi dans la situation où le préfet du Var pouvait l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'insuffisance de motivation :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (). "

4. La décision attaquée vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne outre l'identité, la date de naissance et la nationalité de M. B, le fait qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national. Elle expose également des éléments sur la situation personnelle de l'intéressé, en relevant qu'il a déclaré être célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

S'agissant de l'absence de contradictoire avant notification de la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

6. Si l'obligation de respecter les droits de la défense, parmi lesquels figure le droit d'être entendu, pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect de ce droit. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à

1.

l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux dressés dans le cadre de sa garde à vue au Luc, que M. B a été informé, dans une langue qu'il comprend, de sa possibilité de fournir tout document attestant de la régularité de son droit au séjour. Il ressort également de ces pièces que l'intéressé a été mis à même de décrire sa situation professionnelle et familiale en France, et de présenter ses observations sur l'éventuelle mesure d'éloignement dont il était susceptible de faire l'objet. Dès lors que M. B a été mis en mesure de formuler ses observations sur cette éventualité, la seule circonstance que le préfet du Var ne l'ait pas lui- même invité à les présenter n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'énoncé par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté attaqué n'aurait pas été contradictoire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. D'une part, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. D'autre part il ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur

1.

le territoire français. Par ailleurs, il résulte des termes de l'arrêté en litige que, pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet s'est fondé sur les circonstances que M. B est célibataire et sans charge de famille, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où se trouve toute sa famille et où il a vécu l'essentiel de son existence, qu'il s'est déjà soustrait à sa précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre le 22 décembre 2022 et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, sa situation personnelle a été prise effectivement en compte pour décider une interdiction de retour de deux ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour pour deux ans serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'atteinte aux droits de la défense :

11. Aux termes de l'article 8 paragraphe 2 de la directive n° 2016/343 " 1. Les États membres veillent à ce que les suspects et les personnes poursuivies aient le droit d'assister à leur procès. 2. Les États membres peuvent prévoir qu'un procès pouvant donner lieu à une décision statuant sur la culpabilité ou l'innocence du suspect ou de la personne poursuivie peut se tenir en son absence, pour autant que : a) le suspect ou la personne poursuivie ait été informé, en temps utile, de la tenue du procès et des conséquences d'un défaut de comparution ; ou b) le suspect ou la personne poursuivie, ayant été informé de la tenue du procès, soit représenté par un avocat mandaté, qui a été désigné soit par le suspect ou la personne poursuivie, soit par l'État. "

12. Il ne résulte pas des pièces du dossier que M. B aurait fait l'objet d'une ordonnance pénale qu'il entendrait contester auprès du juge judiciaire. En toute hypothèse, la circonstance selon laquelle il aurait reçu la convocation de se présenter personnellement devant le tribunal judiciaire pour se voir notifier une ordonnance pénale est sans influence sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français, l'intéressé ayant, en tout état de cause, la possibilité de demander un visa pour répondre à cette convocation. Dès lors, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

1.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dridi et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente rapporteure, signé

M. C

La greffière, signé

I. REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, P/ la greffière en chef,

Le greffier.

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