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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401270

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401270

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 avril et 7 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ; 2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - il appartient à l'administration de démontrer que l'arrêté a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière, en transmettant les pièces médicales nécessaires ; - la décision rejetant sa demande de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - à titre subsidiaire, l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 mai et 27 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les observations de Me Bochnakian, représentant Mme B. Considérant ce qui suit : 1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 1er juin 1958, est entrée en France le 20 avril 2022, munie d'un visa de court séjour. Le 9 septembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 7 novembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". 3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, le préfet du Var s'est fondé sur l'avis du 21 avril 2023 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. 4. Toutefois, Mme B produit deux certificats médicaux faisant état de troubles anxio-dépressifs majeurs avec signes atypiques et la nécessité de soins psychotropes et psychothérapiques incisifs. Ces certificats soulignent, d'une part, que l'absence de ces soins pourrait entraîner une décompensation psychocomportementale d'une exceptionnelle gravité et d'autre part, la nécessité d'un entourage familial, lequel fait entièrement partie du traitement tranquillisant, alors que la requérante se trouverait totalement isolée au Maroc. Mme B produit également des attestations, faisant notamment état des manifestations de sa pathologie et de la réalité de ses liens familiaux sur le territoire français, où résident ses trois enfants, dont deux sont de nationalité française, ainsi que ses petits-enfants. Ces éléments sont suffisamment probants pour remettre en cause l'avis précité du collège de médecins de l'OFII et tenir pour établi que le défaut de prise en charge médicale de la requérante pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. 5. Par ailleurs, le préfet fait valoir que le traitement dont bénéficie Mme B (C, Valium, Zyprexa) figure sur la liste des médicaments remboursables au Maroc. Toutefois, le guide produit en défense a été établi au moins de juin 2014. Or, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le médecin suivant la requérante en France a fait état d'une indisponibilité de ces molécules au Maroc et d'un accès aux soins difficile du fait du coût du traitement et d'autre part, qu'un médecin exerçant à Oujda a attesté, le 7 février 2024, de l'indisponibilité de ces médicaments dans ce pays. Dans ces conditions, et compte tenu de la nécessité d'un entourage familial dans la prise en charge de Mme B, celle-ci ne peut être regardée comme pouvant bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Var a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. 6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 7 novembre 2023 doit être annulé. Sur les conclusions à fin d'injonction : 7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Sur les frais du litige : 8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.D É C I D E :Article 1er : L'arrêté du 7 novembre 2023 du préfet du Var est annulé. Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, Mme Mathilde Montalieu, conseillère, M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2401270

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