mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401307 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | COMYN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2024 et le 28 mai 20234,
M. C A, représenté par Me Comyn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'annuler son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de lui accorder un titre de séjour ;
5°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil, Me Comyn, qui renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
La décision attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée en droit et en fait et ne procède pas d'un examen attentif de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
-
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise sans prendre en compte les risques pour sa situation personnelle en cas de retour au Pakistan.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
- Il oppose une fin de non-recevoir tirée l'irrecevabilité de la requête ;
- il soutient que les moyens invoqués sont infondés et doivent être écartés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal statue sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Mme B a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 avril 2024, le préfet du Var a obligé M. C A, ressortissant pakistanais né en 1990, à quitter le territoire sans délai. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
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Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
En ce qui concerne l'incompétence :
3. Par un arrêté n°2023/47/MCI du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro 156, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'insuffisance de motivation :
4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (). "
5. La décision attaquée vise les textes dont il fait application, notamment le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne l'identité, la date de naissance et la nationalité de M. A et indique qu'il est entré régulièrement en France, a accompli des démarches administratives en vue de la régularisation de sa situation administrative et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national une fois son titre de séjour périmé. Elle expose, par ailleurs, des éléments sur la situation personnelle de l'intéressé notamment en indiquant qu'il est célibataire et sans enfant. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la violation du principe du respect des droits de la défense :
6. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () "
7. Si l'obligation de respecter les droits de la défense, parmi lesquels figure le droit d'être entendu, pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect de ce droit. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision
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l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal dressé dans le cadre de sa garde à vue à Draguignan, que M. A a été informé, dans une langue qu'il comprend, de sa possibilité de fournir tout document attestant de la régularité de son droit au séjour. Il ressort également de ces pièces que l'intéressé a été mis à même de décrire sa situation professionnelle et familiale en France, et de présenter ses observations sur l'éventuelle mesure d'éloignement dont il était susceptible de faire l'objet. Dès lors que, M. A a été mis en mesure de formuler ses observations sur cette éventualité, la seule circonstance que le préfet du Var ne l'ait pas lui- même invité à les présenter n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'énoncé par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté attaqué n'aurait pas été contradictoire.
En ce qui concerne l'erreur de droit :
9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article
L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France le 12 octobre 2004. Il est constant qu'il a obtenu un titre de séjour d'un an valable du 12 février 2009 au 11 février 2010, sans en demander ensuite le renouvellement. Ainsi, il s'est donc maintenu irrégulièrement depuis sur le territoire. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition, qu'il a déclaré ne pas souhaiter rentrer au Pakistan. Ainsi, la situation du requérant entre dans le champ d'application des dispositions précitées au
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point précédent. Par suite le préfet du Var n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de droit en décidant d'obliger M. A à quitter le territoire français sans délai.
En ce qui concerne la violation des stipulations de l'article 8 de la convention et l'erreur manifeste d'appréciation :
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. A fait notamment valoir qu'il est entré en France à l'âge de 11 ans, qu'il y a effectué sa scolarité, et que tous les membres de sa famille y résident. Toutefois il n'apporte aucune pièce de nature à établir ses allégations. Par ailleurs, s'il soutient être en couple depuis quatre an, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux, qu'il s'est séparé de son conjoint. Eu égard à la durée de séjour non justifiée sur le territoire et aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée portant obligation de quitter le territoire sans délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'inscription au système d'information Schengen :
14. En toute hypothèse, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite et en toute hypothèse, les conclusions dirigées à l'encontre de cette décision sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. La présente décision qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'implique aucune mesure d'exécution. Si M. A demande qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa demande, au demeurant sans préciser sa nature, il ne résulte pas des pièces du dossier qu'il ait présenté une demande particulière au préfet. Par suite, ces conclusions ne peuvent, en toute hypothèse qu'être rejetées.
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Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Il résulte de tout ce qui précède que par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
17. La requête de M. A est rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Comyn et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
La présidente- rapporteure, signé
M. B
La greffière, signé
I. REZOUG
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, P/ la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026