jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024, M. A B, représenté par Me Dantcikian, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 avril 2024 par laquelle le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est entré sur le territoire français dans des conditions régulières le 4 août 2014 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, faute d'avoir pu se présenter devant la commission du titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Montalieu a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 6 mai 1994, est entré en France le 4 août 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 28 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. M. B se prévaut de ce qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 7 mai 2022, de ce qu'il justifie de leur communauté de vie depuis novembre 2021, de l'ancienneté de son séjour en France, de son activité professionnelle et de sa réinsertion sociale. Toutefois, sa relation avec une ressortissante française, ainsi que leur mariage, présentent un caractère récent et aucun document ne permet d'établir leur communauté de vie avant 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, en juin 2019 et février 2021, dont la dernière était assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, auxquelles il n'a pas déféré. Il est par ailleurs constant que M. B a été interpellé pour outrage à agent d'un exploitant de réseau de transport public de voyageur en 2019, et qu'il a partiellement reconnu les faits, et qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Draguignan, en mars 2023, à une amende et une obligation de stage de sensibilisation à la sécurité routière pour conduite d'un véhicule sans permis et sous stupéfiants. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du certificat médical très peu circonstancié établi par un médecin généraliste, que sa présence personnelle auprès de son épouse serait particulièrement nécessaire. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que l'une de ses sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Dans ces conditions, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si l'arrêté du 5 avril 2024 indique à tort que M. B est entré en France le 10 novembre 2011 sous conditions irrégulières, l'intéressé justifiant être entré le 4 août 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, il ressort des pièces du dossier que, compte tenu des circonstances exposées au point précédent et du fait que la décision en litige est uniquement fondée sur le refus de délivrance d'un titre de séjour, cette erreur de fait a été sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En dernier lieu, compte tenu des motifs retenus au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que M. B n'a pas pu se présenter devant la commission du titre du séjour, faute de convocation adressée à sa nouvelle adresse pourtant transmise à la préfecture, ait eu une influence sur la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation du requérant doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 5 avril 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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