vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, M. A D, représenté par
Me Ben Hassine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Var une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux dès lors qu'elle portait sur un titre de séjour " vie privée et familiale " à laquelle le préfet n'a pas répondu et qu'il n'a jamais été prononcé une mesure d'éloignement à son encontre tel que le mentionne l'arrêté en litige ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a une présence sur le territoire français depuis 2018, qu'il justifie d'une communauté de vie avec une ressortissante française depuis 2021 et qu'il s'est marié avec cette dernière depuis le 6 mai 2023 ;
- ledit arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet du Var, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024, en l'absence des parties, le rapport de M. Quaglierini, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de nationalité tunisienne né le 22 novembre 1981 à Mahdia (Tunisie), déclare être entré de manière irrégulière en France en 2018 et s'y être maintenu. Ayant conclu un pacte civil de solidarité le 14 décembre 2022 avec Mme C B, ressortissante française, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour régulariser sa situation le 21 mars 2023, puis le couple s'est marié à Toulon le 6 mai 2023. Par arrêté du 22 mars 2024, le préfet du Var a refusé la demande de l'intéressé et a prononcé une obligation de quitter le territoire français. Par sa requête, M. D demande l'annulation dudit arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, M. D soutient que le préfet du Var n'a pas examiné réellement et sérieusement sa demande de titre de séjour, dès lors qu'il ne s'est pas fondé sur les dispositions, ayant motivé sa demande, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la vie privée et familiale, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et, plus particulièrement, du dossier de demande déposé par l'intéressé le 21 mars 2023 que ce dernier a sollicité un titre de séjour en cochant la case " conjoint de Français " et motivant manuscritement sa demande par ses relations avec sa compagne, avec laquelle il envisageait de se marier. En toute hypothèse, dans son arrêté du 22 mars 2024, le préfet mentionne expressément avoir examiné " l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation de l'intéressé [qui] n'est pas de nature à justifier une dérogation aux conditions d'octroi d'un titre de séjour prévues par la réglementation en vigueur " et, ainsi, en se bornant à relever seulement que le préfet ne mentionne pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'arrêté attaqué, le requérant ne démontre pas que le préfet n'a pas pour autant examiné sa situation sous ce fondement.
3. Par ailleurs, le requérant soutient que le préfet mentionne dans l'acte attaqué un arrêté du 19 août 2021 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, alors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, cette erreur, à la supposer établie, est sans incidence sur l'acte attaqué dès lors que le préfet, en se bornant à relever l'arrêté en cause du 19 août 2021, n'en tire pour autant aucune conséquence dans ses décisions du 22 mars 2024. Il convient ainsi d'écarter le moyen tiré du défaut d'examen comme n'étant pas fondé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord du 17 mars 1988 franco-tunisien susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". De même, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
5. Le requérant soutient que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu du lien personnel et familial établi en France. Il expose ainsi qu'il est entré en France en 2018, qu'il vit avec Mme B depuis 2021, ayant conclu un pacte civil de solidarité avec cette dernière le 14 décembre 2022, le couple s'étant ensuite marié le 6 mai 2023. Il expose également qu'il exerce un emploi de maçon, en qualité de salarié, et que le couple justifie de revenus stables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D ne produit que des courriers et relevés bancaires, des correspondances avec l'assurance maladie du Var pour les années 2017, 2019 et 2020 qui ne démontrent pas sa présence continue sur le territoire français au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020. Par ailleurs, s'il produit des factures d'électricité et de gaz établies aux noms du couple, des ordonnances médicales à son nom et des factures, ainsi que des relevés de compte pour les années 2021, 2022, 2023 et 2024, ces documents, à les supposer suffisants pour démontrer sa présence continue en France durant cette période, ne caractérisent pas toutefois, de manière suffisante, une intensité, une ancienneté et une stabilité des liens personnels et familiaux en France. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses père et mère, tel qu'il l'a déclaré lors de sa demande de titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme n'étant pas fondé.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Le requérant soutient que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le requérant n'établit pas avoir développé des liens personnels et familiaux en France suffisamment forts pour considérer que les décisions contestées lui portent une atteinte manifestement disproportionnée. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme n'étant pas fondés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024.
Sur l'injonction et l'astreinte :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge du préfet du Var qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. Quaglierini
Le président,
Signé
J.-F. Sauton
La greffière
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
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