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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401379

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401379

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. A, un ressortissant ivoirien, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la procédure suivie par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) était régulière, le collège de médecins ayant été valablement composé. Il a également estimé que le préfet du Var n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en appliquant l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision confirme ainsi la légalité de l'arrêté préfectoral du 4 avril 2024.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. B A, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de demander la communication du rapport médical à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des dispositions de l'article L. 425-9-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens sont infondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations le 20 août 2024, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont été communiquées aux parties le 27 août 2024.

Par une décision du 4 juin 2024, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les observations de Me Lagardere, représentant le requérant,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1995, déclare être entré en France le 28 novembre 2018. Le 30 juillet 2023, l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'" étranger malade ". Par arrêté du 4 avril 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer ledit titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2024, intervenue au cours de la présente instance. Par suite, ses conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du code précité : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu le 4 mars 2024 par le collège de médecins de l'OFII est revêtu du nom et des signatures des trois médecins composant ce collège, les docteurs Stéfania Giraud, Marc Baril et Jean-Luc Gerlier, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur de l'OFII, sans que ne soit mentionné la présence du médecin ayant établi le rapport médical. Dans ces conditions, et ces mentions faisant foi jusqu'à preuve du contraire, M. A n'est pas fondé à soutenir que le collège de l'OFII comportait la présence du médecin rapporteur. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ".

6. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

7. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, s'il peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile, et notamment au regard des dispositions prévues à l'article L. 425-9-1 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées, le préfet du Var, suivant l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 4 mars 2024, a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel il pouvait voyager sans risque.

9. Pour contester cette appréciation, M. A précise qu'il est atteint d'une hépatite B qui nécessite un traitement médicamenteux quotidien et à vie par Ténéfovir dont il ne pourra pas bénéficier en Côte d'Ivoire dès lors que le traitement n'y est pas suffisamment disponible, que l'offre de soins est limitée, que les connaissances médicales sont insuffisantes et que les coûts des soins y sont trop élevés. Il produit à l'appui de ses allégations des certificats médicaux, dont deux, qui se contentent de mentionner son impossibilité d'avoir un traitement médical en Côte d'Ivoire sans autre précision. Il verse également au dossier deux articles, l'un de la Haute autorité de la santé (HAS) de juin 2023 qui dénonce l'urgence d'intensifier la formation du personnel de santé en Côte d'Ivoire dans un contexte d'épidémie généralisée, l'autre de l'Agence de presse médicale (APM international) de mars 2021 qui mentionne que si l'accès aux tests est faible en raison du coût restant à la charge des usagers et que le traitement par Entécavir est peu accessible, tel n'est pas le cas du Ténéfovir qui est " accessible en Afrique ". Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que M. A, qui ne fournit aucun élément relatif au coût financier de son traitement médical, est déjà diagnostiqué et qu'il a pour traitement le Ténéfovir, il n'établit pas, par ces seuls éléments, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans en Côte d'Ivoire.

Par suite, le moyen tiré doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée

dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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