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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401397

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401397

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE ET ASSOCIEES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrés le 26 avril 2024, Mme B A, représenté par Me Varron Charrier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision en date du 14 mars 2024 refusant de reconnaitre comme étant imputable au service l'arrêt de travail de prolongation à compter du 23 février 2024 au motif qu'elle serait inapte de manière définitive à son poste et consolidée depuis le 20 juin 2023 et la plaçant dès lors en congé de maladie ordinaire ;

2°) Enjoindre à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris de reconnaitre à titre rétroactif l'imputabilité au service de ses arrêts de travail et de lui reverser à titre rétroactif son plein traitement ainsi que ses primes et indemnités et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard courant dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir

3°) A titre subsidiaire, enjoindre à l'AP-HP de réexaminer sa situation et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard courant dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir

4°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Sa situation financière est catastrophique ; elle n'est plus en mesure de faire face aux nombreuses charges qui sont les siennes ;

- la décision querellée apparait insuffisamment motivée en fait. Il est fait référence à l'avis émis par le service de médecin statutaire en date du 12 mars 2024, cependant ce dernier n'était aucunement joint à la décision de sorte qu'elle ignore le contenu précis de cet avis qui fonde pourtant la décision. Elle n'a d'ailleurs pas souvenir d'avoir été reçue par le médecin statutaire à cette date et ne comprend pas à quoi correspond cet avis qui fonde pourtant la décision attaquée. Le centre hospitalier ne lui a pas transmis par pli séparé la teneur de ces conclusions ;

- La décision attaquée aurait dû être précédée de la saisine du conseil médical

- Par l'arrêté querellé, l'AP-HP modifie une nouvelle fois la date de consolidation de l'agent en la fixant au 20 juin 2023 sans que cette décision ne soit fondée sur un élément médical ce qui entache une nouvelle fois d'illégalité l'arrêté. En décidant que l'agent était consolidé tout d'abord le 20 juin 2023 puis le 7 décembre 2023, l'AP-HP a commis une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'importance de l'évolution de ses symptômes, tant sur le plan physique que psychologique, qu'il n'est pas possible de considérer qu'elle soit consolidée

Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 mai 2024, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris représentée par la Selarl Minier Maugendre et associés agissant par Me Lacroix conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faisant valoir que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- Aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité des décisions incriminées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2401390 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le Décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 mai 2024 M. C a lu son rapport et entendu :

- Les observations de Me Varron Charrier pour Mme A ;

- Les observations de Me Lacroix pour l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Mme B A est aide-soignante au sein de l'hôpital San Salvadour de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP) depuis le 24 novembre 2007. Elle a été victime le 4 avril 2020 d'un accident reconnu imputable au service. Elle a été opérée d'une volumineuse hernie discale et n'a pas été en mesure de reprendre ses fonctions ; l'ensemble de ses arrêts ont été pris en charge au titre de cet accident de service. Par arrêté en date du 29 juin 2023, l'AP-HP l'a déclarée consolidé à compter du 20 juin 2023 et a considéré que ses arrêts de travail à compter du 21 juin 2023 n'étaient plus justifiés au titre de l'accident de service. Par la même décision, elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 21 juin 2023. Par un nouvel arrêté en date du 22 novembre 2023, l'AP-HP l'a déclarée inapte de manière définitive à ses fonctions d'aide-soignante, consolidée à compter du 20 juin 2023, ses arrêts de travail du 3 septembre au 3 décembre 2023 inclus n'étant plus justifiés au titre de l'accident de service. Par un dernier arrêté en date du 14 mars 2024, l'AP-HP a refusé de reconnaitre comme étant imputable au service l'arrêt de travail de prolongation à compter du 23 février 2024 au motif que la requérante serait inapte de manière définitive à son poste et consolidée depuis le 20 juin 2023 et l'a placée en congé de maladie ordinaire.

En ce qui concerne l'urgence :

4. Pour justifier l'urgence à suspendre la décision du 14 mars 2024 contestée, Mme A, qui fait déjà l'objet d'une procédure de surendettement, soutient que cette décision porte une atteinte particulièrement grave à sa situation financière. A ce titre, elle apporte des éléments démontrant que, compte tenu des dépenses courantes de son foyer, notamment les échéances mensuelles du prêt immobilier qu'elle doit rembourser, son demi-traitement et les ressources de son époux, elle n'est plus en mesure de couvrir les charges du foyer. Ainsi, eu égard aux effets pécuniaires sur le traitement de Mme A de la décision dont la suspension est demandée, compte tenu de sa situation personnelle et des charges mensuelles du foyer, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article 35-17 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 : " Lorsqu'il est guéri ou que les lésions résultant de l'accident de service, de l'accident de trajet ou de la maladie professionnelle sont stabilisées, le fonctionnaire transmet à l'autorité investie du pouvoir de nomination un certificat médical final de guérison ou de consolidation. / Toute modification de l'état de santé du fonctionnaire constatée médicalement postérieurement à la date de guérison apparente ou de consolidation de la blessure qui nécessite un traitement médical peut donner lieu à un nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service et au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement correspondants. / La rechute est déclarée dans le délai d'un mois à compter de sa constatation médicale. La déclaration est transmise dans les formes prévues à l'article 35-2 à l'autorité investie du pouvoir de nomination à la date de cette déclaration. / L'autorité investie du pouvoir de nomination apprécie la demande de l'agent dans les conditions prévues au présent titre ".

6. Le moyen tiré de l'absence de consolidation de son état de santé en lien avec l'accident de service précité est, eu égard notamment aux nombreux éléments de nature médicale apportés par Mme A et des variations d'appréciation de la part de l'AP-HP sur une éventuelle date de consolidation de l'état de santé de la requérante, propre à créer en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite cette dernière est fondée à en demander la suspension d'exécution.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. La présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre à l'AP-HP de reconnaitre à titre rétroactif l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme A à compter du 20 juin 2023 et de lui verser son plein traitement à titre rétroactif (avec primes et indemnités) ainsi que de reconstituer sa carrière, le tout dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP, la somme de 2 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de rejeter la demande formulée par l'AP-HP, partie perdante, sur ce même fondement.

ORDONNE

Article 1er : L'exécution de la décision susvisée du 14 mars 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'AP-HP de reconnaitre à titre rétroactif l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme A à compter du 20 juin 2023 et de lui verser son plein traitement à titre rétroactif (avec primes et indemnités) ainsi que de reconstituer sa carrière, le tout dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme A la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par l'Assistance publique - hôpitaux de Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.

Fait à Toulon, le 15 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

Ph. C

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

N°2401397

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