jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401413 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, Mme A B, représentée par la SELARL Callon avocat et conseil agissant par Me Callon, demande au juge de référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'Etat (ministre de la justice) et à la caisse d'allocations familiales de procéder à la régularisation de son dossier administratif dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat (ministre de la justice) et de la caisse d'allocations familiales la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie car Pôle emploi lui réclame un document de régularisation de carrière, qu'elle a demandé à la CARSAT de Marseille, laquelle refuse de l'éditer, son dossier de retraite étant incomplet du fait des erreurs relevées ; en décembre 2023, Pôle emploi lui a fixé un délai d'un mois pour fournir ce document et, à défaut, une suspension de ses indemnités de chômage sera effectuée ; chaque service en charge de son dossier se limite à la renvoyer vers une autre administration ;
- son relevé de carrière, indispensable pour sa mise à la retraite, comporte des erreurs ; à cet égard, il lui manque 22 trimestres, soit près de six années, pour lui permettre de faire valoir ses droits à la retraite ; ces trimestres manquants correspondent à des erreurs relatives au versement de l'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) qui a été mal comptabilisé ;
- sa contestation ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- sa demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'organisation judicaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bernabeu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, Mme B demande au juge de référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Etat (ministre de la justice) et à la caisse d'allocations familiales de " procéder à la régularisation de son dossier administratif " dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : "'En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative'". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, si l'urgence est justifiée, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En outre, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 381-1 du code de la sécurité sociale : " La personne isolée et, pour un couple, l'un ou l'autre de ses membres n'exerçant pas d'activité professionnelle, bénéficiaire du complément familial, de l'allocation de base de la prestation d'accueil du jeune enfant ou de la prestation partagée d'éducation de l'enfant, est affilié obligatoirement à l'assurance vieillesse du régime général de sécurité sociale sous réserve que ses ressources ou celles du ménage soient inférieures à un plafond fixé par décret et que les enfants dont il assume la charge remplissent les conditions d'âge et de nombre qui sont fixées par le même décret./ La personne isolée ou chacun des membres d'un couple exerçant une activité professionnelle à temps partiel, bénéficiaire de la prestation partagée d'éducation de l'enfant à taux partiel, est affilié obligatoirement à l'assurance vieillesse du régime général de sécurité sociale sous réserve que ses ressources ou celles du ménage soient inférieures à un plafond fixé par décret et que les enfants dont il assume la charge remplissent les conditions d'âge et de nombre qui sont fixées par décret. / () ". Aux termes de l'article L. 142-1 de ce code : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale () ". En vertu de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". En outre, l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précise que : " Des tribunaux de grande instance spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ".
5. En l'espèce, Mme B souhaite la correction de son relevé de carrière établi par la caisse de retraite CARSAT Sud-Est par la prise en compte de cotisations émises au titre de l'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF). Toutefois, il ressort de la combinaison des dispositions citées au point précédent que les litiges relatifs au droit à la retraite d'un salarié de droit privé et à l'AVPF relèvent de la compétence des tribunaux judiciaires spécialement désignés à cet effet, et non de la juridiction administrative.
6. Il en résulte qu'il y a ainsi lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête présentée par Mme B en toutes ses conclusions comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Toulon, le 16 mai 2024.
La vice-présidente désignée,
Juge des référés
Signé
M. BERNABEU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
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