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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401477

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401477

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Voici le résumé de la décision : Le Tribunal Administratif de Toulon (2ème chambre) a annulé l'arrêté du préfet du Var du 4 avril 2024 refusant un titre de séjour "étudiant" à Mme B A, ressortissante colombienne, et l'obligeant à quitter le territoire. La solution retenue est fondée sur la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté ne comportant pas les prénom, nom et qualité de son signataire. Le tribunal a également rappelé le pouvoir de régularisation du préfet pour dispenser de la condition de visa de long séjour prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas de nécessité liée aux études.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2024, Mme C B A, représentée par Me Mothere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il :

* est entaché d'une erreur de droit ;

* est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Var le 13 mai 2024, lequel n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les observations de Me Mothere, représentant la requérante,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B A, ressortissante colombienne née le 14 février 1995, est entrée en France le 15 décembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour en qualité de " jeune au pair ", valable du 21 août 2022 au 21 août 2023. Elle a ensuite bénéficié, en cette qualité, d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 29 mars 2024. Le 6 décembre 2023, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'" étudiante ". Par arrêté du 4 avril 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, Mme B A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux porte une signature. S'il est permis de penser qu'il s'agit du bureau de l'immigration de la préfecture du Var, mentionné en en-tête du document, ni les prénom et nom du signataire ni la qualité du signataire n'ont été portés sur l'acte. Dès lors qu'aucun autre document porté à la connaissance de Mme B A ne comporte ces informations, cette dernière n'a ainsi pas été en mesure d'identifier précisément l'auteur de l'arrêté. Dans ces conditions, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen doit être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'article

L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, si la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " est subordonnée à une condition de présentation d'un visa de long séjour, le préfet peut, en vertu de son pouvoir de régularisation, dispenser l'étranger qui suit en France un enseignement ou y fait des études, en cas de nécessité liée au déroulement des études, de la présentation d'un visa long séjour dans certains cas particuliers, en tenant compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A est entrée en France

le 15 décembre 2021, à l'âge de 26 ans, munie d'un visa long séjour en qualité de " jeune au pair ". Titulaire d'un diplôme en marketing et commerce international résultant de 5 années d'études en Colombie, l'intéressée justifie d'une inscription à l'Icademie de Toulon en master 1 " Manager en Stratégie d'entreprise " à compter du 2 octobre 2023, ainsi que d'un contrat d'apprentissage

du 2 octobre 2023 au 6 septembre 2025. Dans ces circonstances, en ne faisant pas usage de la faculté de la dispenser de la condition de visa de long séjour et en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'elle ne disposait pas d'un tel visa, le préfet du Var a commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. Toutefois, pour refuser le titre de séjour, le préfet du Var s'est également fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée bénéficiait d'une rémunération à hauteur de 100% du SMIC. Or, la légalité de ce motif, qui n'est pas un moyen d'ordre public pouvant être soulevé d'office par le juge, n'est pas contestée par la requérante. Or, il ressort des pièces versées au dossier que le préfet du Var aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 4 avril 2024 doit être annulé pour vice de forme.

Sur l'injonction et l'astreinte :

9. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement que, conformément aux dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, le préfet du Var procède au réexamen de la situation de Mme B A au regard de son droit au séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de quinze jours à compter de ladite notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B A.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme B A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de réexaminer la situation de Mme B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir, dans un délai de quinze jours, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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