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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401501

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401501

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDRAGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, M. E A B, représenté par

Me Dragone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, fondé sur l'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les condamnations pénales relevées par le préfet ne caractérisent pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne prenant pas suffisamment en compte sa situation personnelle et celle de son épouse ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation pour une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que les conditions tenant à sa présence en France et à sa vie commune avec sa conjointe sont remplies.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que les moyens sont infondés, et sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de motifs tirée de ce que le comportement de M. A B constitue une menace pour l'ordre public.

Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2024 à 12h00.

Un mémoire présenté par M. A B a été enregistré le 22 août 2024 sans être communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 20 septembre 2024 le rapport de

M. Quaglierini, rapporteur, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né à Souassi (Tunisie) le 15 janvier 1987, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2013 et s'y est maintenu. Par une demande déposée en préfecture de la Somme le 31 août 2017, il a demandé à bénéficier d'une régularisation de sa situation mais, par un arrêté du 2 février 2018, le préfet de la Somme l'a rejetée et l'a obligé à quitter le territoire français puis, par un arrêté du 9 septembre 2021, la préfète de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, avec interdiction d'y retourner durant un an. S'étant marié le 13 août 2022 avec une ressortissante française, M. A B a déposé une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour à la préfecture du Var le 18 avril 2023. Par arrêté du

8 avril 2024, le préfet du Var a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par sa requête, M. A B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

2. En premier lieu, le requérant soutient que le préfet du Var a commis une erreur d'appréciation en caractérisant une menace à l'ordre public en se fondant exclusivement sur les deux seules condamnations pénales dont il a fait l'objet. Toutefois, si dans son arrêté contesté, le préfet relève que M. A B " est défavorablement connu des services de police ", il n'en tire pour autant aucune conséquence et ne lui oppose pas, tel que l'allègue le requérant, qu'il constitue une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit ainsi être écarté comme étant inopérant.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

4. Le requérant soutient que le préfet n'a pas suffisamment examiné sa situation et celle de son épouse, méconnaissant l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il affirme, tout d'abord, être présent sur le territoire national depuis plus de 10 ans. Toutefois, les documents qu'il produit, datés de 2015 à 2024, n'attestent ni d'une telle ancienneté, ni d'une présence continue en France.

6. De même, il expose être conjoint d'une ressortissante française dont l'état de santé nécessite son accompagnement. Toutefois, d'une part, la qualité de conjoint de ressortissante française de M. A B ne saurait, à elle seule, établir des liens familiaux suffisants en France. En outre, s'il déclare une vie commune avec Mme C D dès 2021, aucun élément, en l'état du dossier, ne l'atteste jusqu'à leur mariage le 13 août 2022, alors que la communauté de vie, à la date de la décision attaquée, n'est pas suffisamment ancienne pour démontrer une stabilité durable. D'autre part, en se bornant à produire des documents médicaux relatant l'historique des pathologies ayant affecté son épouse, ses examens suite à un accident de la circulation, ainsi qu'une consultation au service des urgences, M. A B ne démontre ni la nécessité pour son épouse de disposer d'un accompagnement, ni qu'il y procède. Par ailleurs, s'il soutient apporter également un accompagnement à sa belle-fille atteinte d'une maladie génétique, il ne le démontre pas non plus, se bornant à produire un contrat de travail à durée indéterminée de " salarié du particulier employeur " daté du 25 octobre 2023, sans précision des missions à effectuer et dont le requérant ajoute qu'il n'a jamais reçu exécution.

7. Ainsi, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. A B en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En troisième et dernier lieu, le requérant soutient que le préfet aurait pu, dans le cadre de son pouvoir d'appréciation discrétionnaire, lui délivrer une carte de séjour compte tenu de la durée de sa présence en France et de celle de sa vie commune avec son épouse. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 5 que le préfet, ayant " procédé à un examen approfondi de la situation de M. A B " et " des éléments produits ", n'a pas entachée ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2024, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs du préfet du Var.

Sur l'injonction et l'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge du préfet du Var qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. E A B, à Me Dragone et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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