vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ben Hassine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", sans délai, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté révèle un défaut d'examen réel et sérieux ;
- il est entaché d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 29 mars 1994, est entré sur le territoire français le 9 février 2020 sous couvert d'un visa de long séjour (type D) portant la mention " travailleur saisonnier " et a obtenu une carte de séjour pluriannuelle en cette même qualité, valable du 5 août 2020 au 4 août 2023. Le 6 juillet 2023, il a demandé le renouvellement de son titre avec changement de statut en qualité de " salarié ". Par arrêté du 4 avril 2024, le préfet du Var a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, si M. A soutient que l'arrêté révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation à raison, d'une part, de l'erreur dans la date de dépôt de sa demande de changement de statut, d'autre part, de l'absence de mention de la crise sanitaire dans l'exécution de son premier contrat de travail à durée déterminée, et enfin, d'erreurs dans les dates de ses contrats de travail, ces circonstances, qui relèvent, pour la première, d'une erreur de plume, pour la deuxième, d'une circonstance non déterminante dans l'examen de sa demande, et pour la troisième, des éléments versés à son dossier de changement de statut, notamment des termes mêmes de son contrat à durée indéterminée conclu le 1er février 2022, ne suffisent pas à caractériser un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 411-1 du code précité : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an ; () ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. /Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".
6. Si en vertu de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an en qualité de salarié, qui autorise une résidence habituelle sur le territoire français, doit donc être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte de séjour temporaire en qualité de salarié est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour d'ailleurs différent de celui exigé à l'occasion de la demande d'une carte de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ".
7. Pour rejeter la demande de changement du statut de " travailleur saisonnier " à celui de " salarié " présentée par M. A, le préfet du Var s'est fondé sur le non-respect des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain à défaut pour l'intéressé de justifier d'un visa de long séjour " salarié ", d'un contrat visé par les services de la main d'œuvre étrangère et de l'absence de possibilité de solliciter la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ", ainsi que sur le non-respect des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut pour l'intéressé d'avoir respecté les règles régissant le statut de " travailleur saisonnier " tenant à la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps et à défaut d'avoir maintenu sa résidence habituelle hors de France.
8. En opposant le non-respect des conditions de séjour de M. A en qualité de " travailleur saisonnier " et l'absence de possibilité de changement de statut, le préfet du Var a entaché son arrêté d'une erreur de droit.
9. Toutefois, le préfet du Var s'est également fondé sur l'absence de visa de long séjour. Or, il ressort des pièces du dossier que si M. A est entré sur le territoire français en étant titulaire d'un visa de long séjour en qualité de " travailleur saisonnier " et qu'il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 août 2020 au 4 août 2023, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il est constant qu'il n'était pas titulaire d'un visa de long séjour en qualité de " salarié ". Dans ces conditions, et alors que sa demande constitue une première demande de carte de séjour temporaire en qualité de " salarié ", il ressort du dossier que le préfet du Var aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce motif.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
K. Martin
Le président,
Signé
J.-F. Sauton
La greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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