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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401504

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401504

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFENNECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mai 2024 et le 27 juin 2024,

M. A B, représenté par Me Bataille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte ne justifie pas d'une délégation de signature de l'autorité compétente ;

- il n'a pas été régulièrement convoqué devant la commission du titre de séjour ;

- les décisions contestées se fondent inévitablement sur des données provenant du traitement automatisé des antécédents judiciaires dont la consultation régulière n'est pas mentionnée dans l'arrêté en litige ;

- les décisions sont entachées d'erreur de fait dès lors que la matérialité des faits sur lesquels le préfet se fonde pour caractériser une menace à l'ordre public n'est pas établie ;

- elles sont entachées d'erreur de droit dès lors que la seule circonstance qu'une procédure pénale soit engagée ne suffit pas à motiver une menace à l'ordre public ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il peut prétendre à un titre de séjour de plein droit en tant que parent d'enfant français et la menace à l'ordre public n'est pas démontrée ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une ordonnance du 28 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative que dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions à fins d'annulation de la requête, le tribunal est susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en enjoignant au renouvellement du titre de séjour portant mention vie privée et familiale de

M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 20 septembre 2024, le rapport de

M. Quaglierini, rapporteur, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 21 mars 1996 à Cebbala (Tunisie), est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016 et s'y est maintenu. Par arrêté du 18 avril 2018, le préfet du Var a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction d'y retourner. Il s'est toutefois vu délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale le 6 septembre 2022 mais, ayant présenté une demande de renouvellement de ce titre le 30 septembre 2023, le préfet du Var s'y est opposé et l'a obligé à quitter le territoire français par un arrêté du 5 avril 2024. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. B, le préfet fait valoir que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public dès lors que ce dernier s'est fait défavorablement connaître auprès des services de police et de gendarmerie entre 2018 et 2023. Il expose des faits d'entrée irrégulière d'un étranger en France et d'usage illicite de stupéfiants en 2018, de violences habituelles suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur sa conjointe en 2021, de violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur sa conjointe en 2022, de violences suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur sa conjointe en 2023 et d'une tentative de vol avec destruction ou dégradation, également en 2023.

4. Toutefois, le préfet du Var, qui se borne à communiquer un extrait du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) les mentionnant, ne démontre pas la réalité des faits reprochés à l'intéressé, qui en conteste la matérialité et produit notamment, s'agissant des faits de violences, un avis de classement à victime du procureur de la République en date du 10 avril 2024. Ainsi,

M. B est fondé à soutenir, en l'état du dossier, que les décisions sont entachées d'erreur de fait dès lors que la matérialité des faits sur lesquels le préfet se fonde pour caractériser une menace à l'ordre public n'est pas établie. Il s'ensuit que l'arrêté du 5 avril 2024 doit être annulé.

Sur l'injonction et l'astreinte :

5. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer la situation de M. B, sous un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire au séjour sous un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

7. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bataille, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à

Me Bataille de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var en date du 5 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de réexaminer la situation de M. B sous un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous un délai de quinze jours.

Article 3 : L'État versera à Me Bataille la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bataille renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bataille et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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