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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401507

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401507

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024, M. B A, représenté par Me Fennech, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 7 mai 2024 par lesquels le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il n'avait pas l'intention de se maintenir irrégulièrement sur le territoire français ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est injustifiée au regard des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asiles ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et porte une atteinte injustifiée à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Fennech, avocat du requérant,

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 20 janvier 1992, entré en France en avril 2022 selon ses déclarations, a été interpellé le 7 mai 2024 lors d'un contrôle de police. Par deux arrêtés du même jour, le préfet du Var, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et, d'autre part, l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 83-2024-069, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, pour signer tous actes et décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne l'identité, la date de naissance et la nationalité de l'intéressé et indique que M. A est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative et qu'il s'est, dès lors, maintenu en situation irrégulière sur le territoire national. Il expose, par ailleurs, des éléments sur la situation personnelle de l'intéressé, en relevant qu'il a déclaré vivre en concubinage, avoir ses parents, des frères et sœurs en Tunisie et un frère en France et que sa concubine est enceinte depuis sept mois. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. M. A se prévaut de sa relation amoureuse avec une ressortissante française depuis août 2022, du fait qu'il vit avec sa compagne, qu'elle est enceinte de sept mois de leur première enfant, que sa présence auprès d'elle est ainsi particulièrement nécessaire et que l'un de ses frères réside en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que tant l'entrée en France du requérant, au demeurant irrégulière, que sa relation avec sa compagne et leur communauté de vie, datant de février 2024, sont récentes. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle ou sociale particulière. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé possède des attaches dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que la majorité de ses frères et sœurs et où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de trente ans. Enfin, d'une part, si le requérant soutient que la décision litigieuse porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant à naître, cette décision ne fait pas obstacle à l'éventuel retour en France de M. A dans des conditions régulières et, d'autre part, si le requérant soutient que la décision litigieuse porte atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants de sa compagne, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que sa présence auprès d'eux est nécessaire. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi et n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

6. En dernier lieu, la circonstance que M. A n'avait pas l'intention de se maintenir irrégulièrement sur le territoire français est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

8. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé, le préfet du Var a relevé que ce dernier, d'une part, n'était pas rentré régulièrement en France et n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et d'autre part, avait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. M. A soutient que, lors de son audition par les services de police, il s'est borné à indiquer qu'il souhaitait rester en France en raison de la grossesse de sa compagne. Si M. A est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait, sur la base de ces seules déclarations, estimer qu'il avait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, il est constant que la décision est également fondée sur un autre motif, lequel n'est pas contesté par le requérant. Enfin, M. A ne peut utilement soutenir qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes dès lors que le préfet n'a pas fondé sa décision sur l'absence de telles garanties. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

11. Le requérant soutient que sa fuite est inenvisageable dans la mesure où il vit avec sa compagne et attend la naissance de son enfant, prévue pour le mois d'août 2024. Toutefois, par cette critique, il ne conteste pas utilement l'arrêté en litige dès lors que le risque de fuite ne constitue pas l'un de ses motifs, l'arrêté lui reconnaissant au contraire des garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, M. A n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les modalités d'exécution de la décision d'assignation à résidence portent une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir au regard du but poursuivi. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée, La greffière,

SignéSigné

M. CD

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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