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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401579

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401579

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAZILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 mai et 20 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Bazile, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-1, ou à défaut, L. 423-2, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de cette même date, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été édicté par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens sont infondés.

Par une décision du 29 juillet 2024, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les observations de Me Bazile, représentant la requérante,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante malgache née le 12 janvier 1994, est entrée en France, une première fois, le 16 juin 2021 sous couvert d'un visa de long séjour Schengen (type D) portant la mention " jeune fille au pair ", délivré par les autorités allemandes, valable du 1er juin au 29 août 2021, renouvelé du 15 juillet 2021 au 15 juin 2022, puis une seconde fois, le 19 mai 2022 sous couvert d'un tel visa, alors délivré par les autorités françaises, valable du 1er juin au 1er novembre 2022. Le 14 décembre 2023, elle a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " conjoint de français ". Par arrêté du 11 avril 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par sa requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

3. Aux termes de l'article 215 du code civil : " Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie ". Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une communauté de vie est présumée entre époux. Par suite et pour l'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si l'administration entend remettre en cause l'existence d'une telle communauté de vie, elle supporte alors la charge d'apporter tout élément probant de nature à renverser cette présomption légale.

4. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français à Mme A, le préfet du Var s'est fondé sur le motif tiré de l'entrée irrégulière de l'intéressée et de l'absence de communauté de vie effective entre la requérante et son époux de nationalité française.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que si le passeport de Mme A présente un tampon de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle le 16 juin 2021, il s'agit du tampon d'une escale de son vol la conduisant en Allemagne. Par ailleurs, l'intéressée soutient qu'elle est entrée en France le 19 mai 2022, en versant au dossier son billet de train de la gare de Osnabrück (Allemagne) vers Marseille Saint Charles (France) du 19 mai 2022, date à laquelle il ressort des pièces du dossier qu'elle était titulaire d'un visa de long séjour (type D) délivré par les autorités allemandes valable du 15 juillet 2021 au 15 juin 2022, lui permettant de circuler sur le territoire français, Etat membre de la convention de Schengen. Dans ces conditions, et alors que la requérante était dispensée de l'obligation de souscrire à la déclaration prévue à l'article 22 de la convention Schengen, elle doit être regardée comme justifiant d'une entrée régulière sur le territoire français.

6. D'autre part, l'arrêté attaqué mentionne que les justificatifs versés au dossier de sa demande de titre de séjour ne font état que du seul nom de son époux, ce qui ne peut suffire à justifier de l'effectivité de la communauté de vie entre les époux. Ce faisant, et alors que la communauté de vie est présumée entre époux, le préfet ne démontre pas, au moyen notamment d'une enquête, que les époux ne justifiaient pas d'une vie commune. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que les époux, qui se sont unis par les liens du mariage le 4 novembre 2023, en France, vivent ensemble depuis au moins mars 2023, soit depuis plus de six mois à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet du Var a méconnu les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 11 avril 2024 doit être annulé.

Sur l'injonction et l'astreinte :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ()".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à Mme A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de cette même date. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

11. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bazile, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bazile d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bazile une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bazile renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Var et à Me Bazile.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

K. Martin

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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