mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. F D, représenté par Me Dhib, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai, respectivement, d'un mois et de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une personne incompétente ;
- il est insuffisamment motivé à l'aune de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 27 mai 2024 au préfet du Var qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièces à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Le Gars a été entendu au cours de l'audience publique du 25 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1992 à Djalalbad Nangarhar, allègue être entré sur le territoire français le 24 juillet 2018. Il est titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 28 mars 2019 au 27 mars 2023. Le 2 mars 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 avril 2024, le préfet du Var a refusé de renouveler sa carte pluriannuelle de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L''autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".
3. Par un arrêté n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 55, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer, notamment, tous les actes et décisions en matière de police des étrangers. En cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, la délégation est exercée par Mme B E, directrice de cabinet du préfet du Var, et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A C, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet du Var. Dès lors qu'il appartient à la partie contestant la qualité du bénéficiaire d'une délégation de signature d'établir la preuve que le délégant n'était ni absent ni empêché à la date où la décision que cette partie conteste a été prise et que M. D n'allègue ni ne rapporte cette preuve, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. D invoque la méconnaissance des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, celle-ci est abrogée depuis le 1er janvier 2016, de sorte que le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant. A supposer que M. D ait entendu se prévaloir, en réalité, des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte de ces dispositions que les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'arrêté attaqué comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans qu'il soit nécessaire qu'il mentionne l'ensemble des circonstances de fait propres à la situation de l'intéressé. Il est, par suite, suffisamment motivé.
En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté attaqué :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de mettre en balance le maintien de l'ordre public avec l'atteinte portée à la vie privée et familiale. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause.
6. Si le requérant soutient ne pas constituer une menace pour l'ordre public, il n'assortit cependant son moyen, d'aucun fondement juridique permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation à trois mois d'emprisonnement en novembre 2020 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. A cet égard, le requérant soutient qu'aucune procédure de divorce n'a été engagée, que la vie commune a repris avec sa femme et verse à l'instance l'attestation du frère de la victime, attestant d'une " bonne entente " entre les époux et d'une reprise de la vie commune. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'un troisième enfant est né en février 2024. Toutefois, ces allégations ne sont corroborées par aucune autre pièce du dossier. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'intéressé participe à l'éducation ni à l'entretien de ses enfants. Ainsi, compte-tenu de la nature et de la gravité des faits et de leur caractère récent, mis en balance avec la faible teneur de sa vie privée et familiale ressortant des pièces du dossier, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var a fait une inexacte application de l'article L. 412-5 précité ni n'a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
7. En second lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradant. ".
8. M. D soutient uniquement avoir obtenu l'asile et ne pouvoir, à ce titre retourner dans son pays d'origine. Cependant, cette circonstance n'est pas établie par les pièces du dossier ni ne ressort de l'instruction. Par suite, le requérant, qui ne fait état d'aucune autre circonstance propre à établir un risque auquel il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Var susvisé en date du 24 avril 2024. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
V. VIVES
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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