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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401706

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401706

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401706
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantITEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Carlhian, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la Commune de Carcès de faire dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de la SCI DIMAT dans un délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir et d'en transmettre une copie au procureur de la république sans délai ;

2°) de mettre à la charge de la Commune de Carcès le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la condition relative à l'urgence :

- l'urgence est caractérisée ; l'inaction de la commune de Carces face aux infractions d'urbanisme commises par la SCI DIMAT a pour effet de prolonger une situation illicite et préjudicie à ses intérêts dans la mesure où elle subit de multiples préjudices en raison de cette situation, en particulier des ouvertures non-conformes aux autorisations d'urbanisme donnent sur son terrain et sa piscine ; en outre, les travaux ne sont pas terminés dès lors que la déclaration attestant l'achèvement des travaux prévue à l'article L462-1 alinéa 1er du code de l'urbanisme n' pas été adressée à la mairie.

s'agissant de l'utilité de la mesure :

- Il est urgent que la commune de Carcès fasse dresser un procès-verbal d'infractions car les travaux effectués par la SCI DIMAT ne sont pas conformes aux autorisations d'urbanise délivrées, en outre alors que le permis initial avait été accordé pour le réaménagement d'un restaurant en rez-de-chaussée, s'y trouve désormais le siège social de la SAS Verrechia prom, alors qu'aucune déclaration préalable n'a été déposée pour procéder à un changement de destination ;

Sur l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative :

- les mesures demandées ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative conformément aux dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative et auront un caractère provisoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la commune de Carcès, représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A, le versement à la commune de Carcès de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la qualité de voisin n'est pas de nature à elle seule à démontrer l'existence d'un intérêt à agir concernant la réalisation de travaux ; en outre la requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer les atteintes à son bien par les travaux en cause ; le préjudice " grave " de vue est infondé ;

- la condition relative à l'urgence n'est pas remplie ; le dépôt d'une attestation d'achèvement et de conformité des travaux ne constitue pas le seul moyen de démontrer l'achèvement des travaux ; les photographies jointes démontrent que l'ensemble des travaux ont été réalisés et que le chantier est maintenant terminé ;

- les conditions relatives à l'utilité de la mesure sollicitée et à l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative ne sont pas remplies ;

- -les travaux sont conformes aux permis délivrés.

Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2024, Mme A représentée par Me Carlhian, conclut aux mêmes fins que sa requête par les moyens déjà invoqués et par les moyens que :

-elle a intérêt et qualité à agir dès lors que le non-respect du permis de construire modificatif entraine une servitude de vue donnant sur son jardin et sa piscine, du fait d'ouvertures sur trois niveaux et sur l'intégralité de la largeur de la façade nord ;

-la condition d'urgence est remplie contrairement à ce que fait valoir la commune qui renvoie à un reportage photos non daté ;en tout état de cause, les travaux ne sauraient être considérés comme achevés ; en effet les ouvertures ne sont nullement conformes au permis modificatif accordé à la SCI DIMAT et s'agissant des ouvertures, aucuns travaux n'ont été effectués entre la délivrance du permis de construire initial et le permis de construire modificatif ;en tout état de cause, l'urgence ne saurait se cantonner à l'achèvement ou non des travaux, elle doit s'apprécier au regard de la commission d'infractions pénales constituées au jour d'introduction de la requête ;

-il est inexact de dire que la demande présentée au juge des référés ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative prise par le maire de Carcès le 12 octobre 2023 ; dans le cadre de la présente procédure, elle demande un arrêt interruptif de travaux pour méconnaissance du permis de construire modificatif n°1 accordé le 25 octobre 2023 ;

-les travaux de modification de la façade nord ne sont pas conformes au permis modificatif s'agissant des ouvertures réalisées et de la hauteur des murs donnant sur sa parcelle et les ouvertures entre les habitations et les terrasses sont constituées de porte-fenêtres et non de fenêtres.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1.Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à titre conservatoire et provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, sans pouvoir faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Il est constant que les travaux autorisés par le permis modificatif accordé par le maire de Carcès le 25 octobre 2023 à la SCI DIMAT avaient pour objet la modification des hauteurs de planchers, la fermeture du séchoir au R+3 et des modifications des ouvertures façade Nord et Sud. Il résulte de l'instruction, en particulier des photographies produites par la commune que la modification des ouvertures façade Nord, est achevée. Si Mme A objecte que ces photographies ne sont pas datées, elle ne produit en revanche aucune photographie récente et datée pour justifier du contraire. Par ailleurs, la circonstance invoquée par Mme A selon laquelle les travaux ne sauraient être considérés comme achevés dès lors que les ouvertures de la façade Nord ne seraient pas conformes au permis modificatif est sans incidence sur le fait que les travaux sont réalisés. Enfin, même s'il est constant que la déclaration d'achèvement et de conformité des travaux n'a pas été transmise à la commune, cette circonstance ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que les travaux en cause ne seraient pas terminés. Dès lors la condition d'urgence posée par l'article L521-3 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, les conclusions présentées au titre de l'article L521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de Mme A dirigées contre la commune de Carcès qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A, la somme de 2 500 euros sollicitée par la commune de Carcès en application dudit article.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Les conclusions de la commune de Carcès tendant à l'application de l'article L761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune de Carcès.

Fait à Toulon, le 9 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

M . Doumergue

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de

pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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