lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | CHNINIF |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 3 juin 2024, le vice-président du tribunal administratif de Montpellier a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Toulon la requête enregistrée le 31 mai 2024, présentée par M. C A B.
Par cette requête, M. A B, représenté par Me Chninif, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des
dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la légalité externe :
- le signataire de l'arrêté est incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
-
Sur la légalité interne :
Concernant le refus de séjour tacite et l'obligation de quitter le territoire français :
- le préfet du Var a commis une erreur de droit en estimant que le requérant ne remplissait pas les conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour, et en n'appliquant pas l'accord franco-tunisien ;
- le préfet a commis une erreur de fait en estimant que le requérant ne justifiait pas de revenus licites et d'une intégration particulière ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant le refus de délai de départ volontaire :
- ce refus est illégal car le requérant présente des garanties de représentation ;
Concernant l'interdiction de retour :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi ;
- cette décision n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration :
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Cros pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cros a été entendu au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 mai 2024, le préfet du Var a obligé M. A B, ressortissant tunisien né le 30 octobre 1987, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de trois ans. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.
1.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département () ".
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, auquel le préfet du Var avait donné délégation, par un arrêté du 12 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer tous actes et décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
" La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Selon l'article
L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
5. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables à la situation de M. A B et précise suffisamment les éléments de fait relatifs à sa situation personnelle et familiale, sur lesquels le préfet du Var s'est fondé pour l'obliger à quitter sans délai le territoire français et lui interdire le retour sur celui-ci pendant trois ans. Dès lors, cet arrêté, qui ne présente pas un caractère stéréotypé, est suffisamment motivé pour l'ensemble des décisions qu'il comporte.
En ce qui concerne les moyens propres au " refus de séjour tacite " :
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A B ait présenté une demande de titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué, lequel n'emporte donc pas refus, même tacite, d'une telle demande. S'il soutient avoir obtenu un rendez-vous en préfecture en août 2024 pour déposer une demande de régularisation, cette circonstance n'est pas démontrée et, en tout état de cause, est postérieure à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens dirigés contre le prétendu
" refus de séjour tacite ", notamment celui reprochant au préfet du Var de ne pas avoir appliqué l'accord franco-tunisien, sont inopérants.
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier
1.
être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A B ne justifie pas de la régularité ni de la date de son entrée sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans titre de séjour valide. La circonstance qu'il dispose d'un logement, d'un compte bancaire et d'un contrat de travail à durée indéterminée, qu'il perçoive un salaire et qu'il a déclaré ses revenus à l'administration fiscale, est sans incidence à cet égard. Par suite, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur de droit, de fait ou d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.
9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Si M. A B soutient être entré en France en 2019 et y résider depuis cette date, il ne le démontre pas. Il est célibataire et sans charge de famille. Il ne justifie d'aucune insertion sociale sur le territoire français. S'il produit un contrat à durée indéterminée conclu avec la société Renovart à compter du 5 mai 2022 en qualité de peintre polyvalent de niveau 2, assorti d'un avenant prévoyant sa mise à disposition auprès d'une entreprise tierce comme charpentier- couvreur à compter du 1er janvier 2024, il se borne à produire trois bulletins de salaires pour les mois de janvier, mars et avril 2024. Ces éléments ne suffisent pas à prouver la réalité et l'ancienneté de son insertion professionnelle. Enfin, le requérant ne conteste pas les indications de l'arrêté attaqué selon lesquelles il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a passé l'essentiel de son existence et où résident ses parents, son frère et sa sœur. Dans ces conditions, le préfet du Var n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par les stipulations citées au point précédent, en l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne le moyen propre au refus de délai de départ volontaire :
11. Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
12. Ainsi qu'il a été dit, M. A B ne justifie pas être entré régulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, quand bien même il dispose d'un logement et d'un emploi rémunéré à durée indéterminée, il entre dans le champ d'application des dispositions précitées qui permettaient au préfet du Var de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, ce refus n'est pas illégal.
1.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour :
13. En premier lieu, l'obligation de quitter sans délai le territoire français prononcée contre M. A B n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de l'interdiction de retour par voie de conséquence de celle de la mesure d'éloignement ne peut être accueilli.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées [à l'article] L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
15. Si M. A B soutient que le préfet du Var n'aurait pas pris en compte
" l'ensemble des critères prévus par la loi " pour édicter l'interdiction de retour en litige et en fixer la durée, il ne précise pas les dispositions qu'il entend invoquer, de sorte que le moyen est dépourvu de précisions suffisantes en droit pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, à supposer même que le requérant entende se prévaloir de l'article L. 612-10 précité, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Var a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par cet article. Par suite, le moyen manque en fait.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A B.
1.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
Le magistrat désigné, Signé
F. CROS
La greffière, Signé
I. REZOUG
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026