lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401791 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 juin et 15 août 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Fennech, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cet examen, dans un délai, selon le cas, d'un mois ou de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car la requérante justifie d'une entrée régulière sur le territoire français et d'une communauté de vie continue avec son époux depuis leur mariage ;
- il méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la requérante remplit les conditions prévues par ce texte ;
- il est entaché d'erreur de droit car le préfet aurait dû appliquer l'article L. 423-13 du même code, dont elle remplit les conditions ;
- il méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les observations de Me Fennech pour Mme A épouse B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse B, ressortissante philippine née le 20 janvier 1964, soutient être entrée en France le 1er juin 2022 sans justifier de cette date. Elle a présenté le 23 octobre 2023 une première demande de titre de séjour tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Par un arrêté du 23 avril 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Mme A épouse B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article R. 613-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire () est le préfet de département () ".
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var. Par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Var avait donné délégation à M. D pour signer notamment " tous actes et décisions en matière de police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Selon l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de cet article L. 412-1 : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". La condition prévue à l'article L. 412-1, tenant à la production d'un visa de long séjour, est opposable aux étrangers sollicitant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1.
5. En l'espèce, Mme A épouse B se prévaut de son mariage avec un ressortissant français, célébré au Danemark le 23 mars 2018 et transcrit sur les registres de l'état civil français le 9 octobre 2023.
6. Toutefois, d'une part, il est constant que la requérante n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne s'est pas mariée en France.
7. D'autre part, Mme A épouse B ne produit pas de visa de long séjour. Si elle se prévaut d'un " titre de résident belge de type F+ (longue durée) " valable du 6 septembre 2018 au 6 septembre 2023, elle ne démontre ni même ne soutient que la possession de ce titre la dispensait de produire un visa de long séjour. Dès lors, elle ne peut pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, cet article exige que la communauté de vie des époux n'ait pas cessé depuis le mariage. Or, la requérante reconnaît avoir vécu en Belgique entre le 23 mars 2018, date de son mariage, et le 1er juin 2022, date de son entrée alléguée en France, sans établir ni même soutenir que son mari aurait résidé avec elle dans ce pays à cette époque. Son époux atteste héberger l'intéressée à son domicile situé à La Garde seulement depuis le 1er juillet 2022. Les attestations de proches et les photographies ne démontrent pas de communauté de vie ininterrompue des époux, même sans logement commun, entre la date de leur mariage et celle de l'entrée en France de la requérante. Les autres pièces produites par cette dernière pour justifier de la vie commune avec son mari sont récentes à la date de l'arrêté attaqué, qu'il s'agisse notamment de la confirmation du dépôt de sa pré-demande de titre de séjour (23 octobre 2023), de sa rencontre avec le maire de La Garde (19 janvier 2024), de la demande d'informations de la caisse d'allocations familiales du Var (2 avril 2024), de la demande de pièces de l'assurance-maladie (2 avril 2024 également) ou de l'avis d'imposition sur les revenus de 2023 (établi en 2024). Par conséquent, la condition tenant à ce que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage n'est pas remplie. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Var a refusé de délivrer un titre de séjour à la requérante sur le fondement de l'article L. 423-1 précité.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1 (), et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. Si Mme A épouse B sollicite l'application des dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles concernent les étrangers nés en France, ce qui n'est pas son cas, elle doit être regardée comme invoquant en réalité celles de l'article L. 423-23 du même code. Toutefois, elle ne démontre pas avoir présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de cet article. Le moyen est donc inopérant. En tout état de cause, au regard de ce qui a été dit au point 7, l'ancienneté de séjour en France de Mme A épouse B, de même que la durée de sa vie commune avec son époux, sont limitées à une période d'un an et dix mois à la date de l'arrêté attaqué, du 1er juin 2022 au 23 avril 2024. Aucun enfant n'est issu de cette union. La requérante indique que son seul enfant, né en 1989 d'un précédent mariage, réside en Belgique. Elle ne fait état d'aucune autre attache privée ou familiale en France, d'aucune activité professionnelle, d'aucune ressource propre ni d'aucune insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, elle ne dispose pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Dès lors, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur de droit ni méconnu l'article L. 423-23 précité en rejetant sa demande de titre de séjour.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Compte tenu de ce qui a été dit, le préfet du Var n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A épouse B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels le refus de titre de séjour a été pris, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A épouse B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme A épouse B.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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