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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401837

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401837

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11 juin, 21 juin et 3 juillet 2024, M. A C représenté par la Sarl Cabinet Ferri Brunet Kerjan, agissant par Me Ferri, demande au juge des référés, dans ses dernières écritures :

- D'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de refus d'habilitation notifiée le 5 avril 2024 ;

- d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer l'habilitation aux fins d'accès au port de Toulon, sous astreinte de 500 € par jour de retard.

- De condamner l'Etat à lui payer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Il est empêché de travailler et donc de pouvoir ravitailler la buvette et ses annexes. Le préjudice subi et par ricochet, pour la société, est grave. La gravité est caractérisée dans le cas d'une décision imposant à une entreprise le paiement d'une somme importante alors qu'elle se trouve déjà dans une situation difficile. La décision dont la suspension de l'exécution est demandée porte gravement atteinte à la liberté de commerce et d'aller et venir.

- La décision incriminée est entachée d'incompétence de son auteur.

- La motivation se contente de lister des faits de manière générique type " Natinf " (classement des infractions par catégorie utilisé par les services de police ou de gendarmerie, outre les services du Parquet), vise des faits dont le requérant ignore tout et pour lesquels le Procureur de la République de Toulon ne détient ou ne connait aucune procédure. Il n'est en rien expliqué en quoi ces faits auraient été commis, sauf à porter atteinte à la présomption d'innocence, seraient d'une telle gravité qu'il seraient incompatibles avec l'accès en zone d'accès restreint. La motivation est donc insuffisante

- En visant les dispositions de l'article R.5332-56 du Code des Transports, la décision contestée commet une erreur flagrante de droit, puisqu'il n'appartient pas à un organisme de sûreté mais exploite une buvette et ses accessoires à destination des passagers des trajets Continent-Corse réalisés par les Compagnies Corsica Ferries Et La Méridionale.

- Le Tribunal pourra constater l'absence de gravité des faits, qui plus est commis deux ans avant la décision contestée.

- En outre, il démontre être un citoyen respectable et respecté. Ainsi, il a longtemps occupé des fonctions de directeur sportif de L'Etoile Sportive Saint Zacharienne. Le refus d'habilitation opposé est donc mal fondé et disproportionné par rapport à la réalité des faits reprochés mais aussi à l'accès qu'il demande.

- Il verse au débat l'entier dossier pénal contenant la décision de classement sans suite de sorte qu'il doit être considéré comme n'ayant pas commis les infractions relevées par le Préfet du Var.

- Le Préfet a utilisé des informations du TAJ pour relever les infractions listées dans son courrier, dont il convient de constater qu'elles sont incorrectes, mentionnant des infractions inexistantes, mal qualifiées ou mal datées voire classées sans suite.

- Est visée une " note blanche " qui ne fait pas partie des actes autorisés au Préfet dans le cadre de cette enquête, ni d'ailleurs de l'article L. 5332-18 visé renvoyant vers les articles L. 114-1 et L. 114-2 du code de la sécurité intérieure. Un tel document ne saurait donc être considéré comme probant. Il en est de même concernant les dires d'agents de la CCI ayant entretenu des relations d'amitiés avec les anciens attributaires de la concession. Preuve de l'absence de gravité de l'altercation, aucune sanction n'a été prise, il n'est produit aucun rappel à l'ordre, mise en demeure, remise en cause du contrat de sorte que le Préfet confère à " l'incident " une gravité qu'il n'a pas. Mieux, il convient de rappeler qu'en tant qu'employeur, il doit protéger ses salariés, en compris de comportements indélicats d'agents de la CCI.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- La requête est irrecevable car tardive ;

- Les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision incriminée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2401779 par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des transports ;

- le code de la sécurité intérieure

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, Vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 3 juillet 2024, M. Harang a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Taupenas pour M. A C ;

- les observations de M. B représentant le préfet du Var.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. M. A C est associé de la Société 2AR, exerçant à l'enseigne " La buvette toulonnaise ". Cette société s'est vu délivrer une autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime, par acte du 6 août 2023 aux fins d'exploitation de cet établissement sur le port de commerce de Toulon et de ses accessoires. Il a sollicité la reconduction de son autorisation d'accès au port pour pouvoir continuer ses activités, par formulaire électronique de la CCI du Var. Par décision notifiée le 5 avril 2024, il s'est vu refuser l'habilitation sollicitée.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués et analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer ni sur l'urgence ni sur la recevabilité de la requête. Il en va de même et par voie de conséquences des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 8 juillet 2024.

Le Vice-président,

Juge des référés,

Signé

Ph. Harang

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

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